’71 Intermeccanica Italia Spyder… restomod – Discret, mais restomod quand même !
par Thierry Houzé | 10 septembre 2026 | Street |
Déjà quand on entend Intermeccanica Italia Spyder, on s’dit de suite, céquoiça ?! Bon, vous pensez bien que j’vais tenter de vous raconter son histoire… digne d’un scénario Netflix d’ailleurs ! Si ce n’est qu’en plus d’une tumultueuse et tragique destinée, cette Intermeccanica Italia Spyder s’est retrouvée légèrement modifiée ou plutôt optimisée. Autant dire que sur une base si rare, fallait oser… mais une fois de plus, le restomod a frappé !

Intermeccanica
Intermeccanica est née à Turin en 1959. Fondée par Frank Reisner, un homme d’affaire hongrois. Sa petite entreprise était spécialisée dans les pièces perfs pour voitures européennes. Ses arbres à cames, carbus, filtres… allaient rapidement se vendre un peu partout, de l’Afrique du Sud à l’Amérique du nord, où il décide de s’installer dès 1960.
Apollo GT
Mais voilà, l’ambition de Frank va bien au delà que de développer un catalogue de pièces… il veut sa place dans le monde des constructeurs de sportives. Et il va l’avoir grâce à une rencontre, celle avec Milt Brown, un californien qui rêve lui aussi de créer sa propre voiture, une américaine capable de rivaliser avec les références européennes. Les deux hommes vont s’associer et produire l’Intermeccanica Apollo GT une séduisante GT motorisée par V8 Buick de 3.5 l ou 5.0 l et habillée d’une carrosserie en alu. Proposée en coupé fastback ou en spyder, sa carrière sera plus que discrète avant que les soucis financiers de Milt Brown ne viennent interrompre sa production en 65 avec un peu plus de 100 voitures vendues.
Jack Griffith
Il en faut plus pour décourager Frank Reisner. Pendant qu’Intermeccanica continue de développer ses pièces perfs et vend ses services aux constructeurs qui lui confient la production de leurs prototypes, il se tourne vers un nouveau projet en collaboration ce coup-ci avec un certain Jack Griffith qui importait sur le sol américain des TVR Grantura sans moteur ni transmission afin de les équiper d’un V8 et d’une boite Ford avant de les vendre sous le nom de Griffith 200 puis Grifitth 400. Si ce n’est qu’une grève des dockers va mettre à mal son business, l’obligeant à trouver une autre alternative, produire son châssis et trouver un partenaire pour l’habiller. C’est donc là que Frank Reinsner va entrer dans le game…
Griffith 600 GT
De cette association va naitre la Griffith 600 GT. Mais une fois de plus, l’histoire va tourner court. Les finances de Jack Griffith ont été mises à mal. Ford interrompt la fourniture des blocs et des boites… certains diront que c’était surtout pour éviter aux Griffith de faire de l’ombre à Shelby. Quoiqu’il en soit, la Griffith 600 GT disparait. Le projet tente de renaitre sous le nom de Omega grâce à l’association de Bob Cumberford (un ingénieur et designer), Steve Wilder (responsable des relations publiques de Griffith) et Holman Moody (un pilote Ford). Mais la mésentente entre les trois hommes stoppera une nouvelle fois la carrière de la voiture après seulement une 10aine de voitures produites…
Intermeccanica Italia
Finalement, Frank Reisner va relancer le projet et en 67, il reprend la production de celle qui va désormais s’appeler Intermeccanica Torino qui deviendra Intermeccanica Italia après une réclamation de Ford propriétaire du nom. Comme c’est Détroit qui fournit la partie mécanique, autant éviter de se fâcher. Quoiqu’il en soit, la GT proposée en coupé et en spyder affiche une ligne signée Scaglione, aussi séduisante que racée. Equipée de V8 Ford 351 (5.8 l) de 310 ch et 522 Nm, de quoi l’expédier de 0 à 100 en 6 secondes avec une Vmax de 245. Elle va séduire un peu plus de 400 clients. En mars 71, Intermeccanica dévoile sa nouvelle voiture, l’Indra qui viendra pousser l’Italia à la retraite en 73. Proposée elle aussi en coupé et spyder, elle ne rééditera pas le succès de sa frangine. En 75, Intermeccanica déménage en Californie et Frank Reisner donne une toute autre tournure à son business en produisant dorénavant des répliques de Porsche 356, les Intermeccanica Speedster 1600 Dual Carburetor. En 81, l’équipe refait ses valises en direction de Vancouver… 20 ans plus tard, Henry Reisner prend la suite de son père. Aujourd’hui, Intermeccanica produit toujours des répliques de 356…
Spyder n°50419414
Maintenant que vous savez presque tout sur Intermeccanica, je peux rapidement enchainer sur l’Italia que je vous ai trouvée, un des 240 Spyder produits. Ce châssis n°50419414 de 1971, a été entièrement restauré en 2025. Jusqu’à là, tout va bien. Si ce n’est que son proprio, en y étant, il a souhaité y coller un p’tite touche de modernité… plus dans le but de la fiabiliser plutôt que de chercher à la modifier.
Tout est neuf
Esthétiquement, cherchez pas… rien ne vient dénaturer la ligne de Franco Scaglione. P’tits pare-chocs chromés, phares sous bulle, rétro Vitaloni côté conducteur, jantes à rayons en 15″ enrobées de gommes BFGoodrich Traction T/A… tout est au rendez vous. Les logos ont été enlevés et la robe rouge d’origine a laissé sa place à un noir brillant… mais ça, si tu l’savais pas, tu le devineras pas ! Dessous, c’est pareil. A part les amortisseurs et le freinage qui bénéficient des technologies et performances modernes, le reste est comme au jour de sa sortie de ligne. Double triangulation devant et pont rigide avec ressort à lames derrière… enfin, bien entendu, tout est neuf.
Magnifique !
Dedans, c’est juste sublime. La qualité des matériaux n’a d’égal que celle de la finition qui aurait de quoi rendre jalouse un roadster moderne. Ca fleure le cuir, la moquette épaisse et le chrome mais aussi les commande électriques, accompagnées d’une clim Vintage Air et d’une sono intelligemment camouflée. La classe vient de la simplicité et de la sobriété… mais que c’est beau ! Sachant qu’au delà du volant Lecarra, les plus observateurs auront remarqué le pommeau qui affiche 6 vitesses…
Ford Racing, Holley et boite 6 !
En effet, si le V8 est bien celui d’origine, sa réfection a été associée à une mise à jour. Il est maintenant gavé par un carbu 4 corps Holley associé à un collecteur Ford Racing alimenté part une admission à ailettes. De l’autre côté, les 8 gamelles expirent via deux lignes inox sur mesure qui débouchent sur des double sorties. On retrouve aussi un allumage électronique MSD et un gros radia alu avec double ventilo. Pas loin de 400 ch filent aux roues arrière via une boite 6 manuelle accompagnée d’un DGL.
Un vrai restomod
Un vrai restomod. On refait à l’origine en profitant des 60 années d’évolution technologique. Alors oui, le faire sur une des 240 Intermeccanica Italia Spyder, ça peut paraitre délirant. Mais la GT américano-italienne n’a jamais été aussi séduisante et attirante…
© Tearaway via BaT