A la fin des années 20, la Sunbeam 1000 HP Mystery, surnommée le Slug, va battre le record du monde de vitesse sur terre. Un siècle plus tard, l’équipe du National Motor Museum de Beaulieu (c’est en Angleterre) a décidé de lui offrir une restauration dans les règles de l’art afin de retourner sur la plage de Daytona Beach et tenter d’y battre une nouvelle fois ce record de 1927. Pure folie ou prouesse technique ? En tout cas, le projet est passionnant…

Sunbeam 1000 HP Mystery... The Slug ! 1

 

Les années folles !

Les années 20, les années folles. Après la guerre, l’Europe veut profiter, s’amuser, s’épanouir… et rien ne va y échapper, que ce soit culturel ou artistique. Même l’automobile va y avoir droit avec des voitures qui vont évoluer, se moderniser pendant que le sport auto va lui aussi passer un nouveau cap, la Targa Florio, le Monte Carlo ou Indianapolis 500 vont voir leur popularité exploser pendant que les 24h du Mans ou les 1000 Miglia font leur apparition alors que les nations lancent leurs GP nationaux, et font naitre les Formules… les différents règlements qui posent les bases afin que les Bugatti, Alfa Romeo, Talbot, Duesenberg, Fiat, Mercedes Benz, ou encore Sunbeam, puissent se frotter les pare-chocs de manière équitable aux mains des Nuvolari, Caracciola, Chiron, Wimille ou d’un certain Enzo Ferrari. Ah c’est la folie au bord des routes ! Mais pas que puisque pendant que certains s’attellent à dompter leurs engins sur les routes ou les circuits, d’autres se spécialisent dans la chasse aux records en ligne droite. Ce sera le cas de Sir Malcolm Campbell ou du Major Henry Segrave.

 

Sir Henry Segrave

Le major Sir Henry O’Neil de Hane Segrave, c’est le cauchemar de l’assurance auto… celui qui dépasse les limites pour devenir le premier homme à avoir passé la barre des 200 mph (320 km/h) sur terre. Après une carrière de pilote auto dans les années 20 où il va notamment remporter à plusieurs reprises le Junior Car Club 200 Mile race, le Grand Prix de France, celui de Boulogne, de San Sebastian et de Provence. A partir de 1926, il se lance dans le chasse aux records de vitesse, sur terre, mais aussi sur mer.

 

245,15 km/h

Le 16 mars 1926, il ouvre le bal cette même année au volant de sa Ladybird, une Sunbeam Tiger de 4.0 l qui va lui permettre d’accrocher les 245,15 km/h sur la plage d’Ainsdale en Angleterre. Ce record est battu quelques mois plus tard par la Babs pilotée par JG Parry-Thomas, une voiture équipée d’un V12 Liberty de 27 l pour 450 ch.

 

1000 ch pour la Mystery

Le 29 mars 1927, sur la plage de Daytona Beach, Segrave dévoile sa nouvelle machine, la Mystery, une Sunbeam reposant sur une treillis tubulaire équipé de deux V12 Matabele empruntés à un Maple Leaf VII (oui, c’est un bateau). Affichant 22,4 l chaque gazier développe un peu plus de 450 ch à 2000 trs. Poussés à 2200 trs pour l’occasion le gain est estimé à 10% et arrondi à 1000 ch pour les deux V12 combinés. Celle qu’on va aussi surnommer The Slug (la limace) le sera plus pour sa silhouette que pour ses perfs puisqu’à son volant, Henry Segrave deviendra le premier homme à passer la barre des 320 km/h avec un record officiel de 203,79 mph, soit 327,97 km/h.

 

The Golden Arrow puis Miss England II

Deux ans plus tard, il retourne à Daytona avec The Golden Arrow, à l’aéro bien plus travaillée et équipée d’un moteur d’avion, un W12 Napier Lion VIIA de 23,9 l pour 925 ch à 3300 trs. Devant plus de 120000 spectateurs, Henry Segrave va atteindre les 372,46 km/h il reprend le record que Ray Keech avait entre temps placé à 334 km/h. Deux jours plus tard, toujours sur la plage de Daytona, il assiste au terrible accident de Lee Bible à bord de sa White Triplex. La voiture est désintégrée, Bible se tue et emporte un photographe avec lui. Daytona décide alors de ne plus donner accès à sa plage pour les records de vitesse. Choqué, Segrave décide d’arrêter ses tentatives sur terre… et passe sur la mer ! Mais le vendredi 13 juin 1930, alors qu’il vient de battre le record de vitesse sur mer avec 158,94 km/h, son bateau, Miss England II, chavire lancé à pleine vitesse. Son ingénieur meurt sur le coup et Segrave bien que mal en point mais conscient, meurt quelques heures plus tard d’hémorragies pulmonaires aiguës.

 

100 ans à Daytona Beach

L’histoire aurait pu s’arrêter là, sachant qu’Henry Segrave a donné son nom à un trophée décerné par la Royal Automobile Club à tous les britanniques ayant réalisé un exploit dans le domaine des transports terrestres, maritimes, aériens ou fluviaux. Parmi les lauréats, on retrouve par exemple Malcolm Campbell, Stirling Moss, Bruce McLaren, Jackie Stewart, John Surtess, Frank Williams, Nigel Mansell, Colin McRae, Damon Hill, Adrian Newey ou Lewis Hamilton. Quoiqu’il en soit, depuis 1958, la Sunbeam 1000 ch de Henry Segrave est revenue sur le sol européen pour être exposée au National Motor Museum de Beaulieu et il se veut que l’équipe du musée a décidé de restaurer entièrement la voiture et de célébrer son centenaire en la renvoyant à Daytona Beach en 2027. Une restauration estimée à 340000 € et réalisée en partenariat avec Brookspeed Automotive et Castrol Classic Oil puisque n’ayant pas tourné depuis plus d’un demi siècle, les V12 ont été attaqués par la rouille. Une fois à Daytona, l’objectif serait de retenter d’aller chercher le record qui fêtera alors ses 100 ans. D’ici là, vous pourrez suivre l’évolution de la restauration sur le site de Beaulieu et sur la chaine Scarf and Goggles.

 

 

© National Motor Museum Beaulieu