La plupart du temps, quand on vous parle de voitures de course, on tourne toujours autour des mêmes caisses; Ferrari Daytona, Porsche 935, Ford GT40… Celles qui gagnent. Logique ! Mais on oublie souvent les différentes classes et autres catégories qui peuvent largement, elles aussi, afficher des voitures aussi envoutantes qu’originales… C’est le cas de cette Lotus Europe GTU qui a couru aux 24h de Daytona en 1978.

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24h de Daytona… excusez du peu ! L’épreuve qui a vu le jour en 1962 a connu bien des péripéties. Née sous un format de 3 heures de course, elle passe en course de 2000km dès 64 avant de devenir une épreuve d’endurance de 24h dans le but d’imiter les 24h du Mans. La piste sinueuse est tracée au sein de l’ovale du Daytona Speedway dont elle emprunte une portion. Traditionnellement elle se déroulait durant le premier week-end de février, donnant ainsi le coup d’envoi des Daytona Speedweeks qui s’achevaient avec la Daytona 500, la mythique course de NASCAR. Cependant, il y a quelques années, elle a été avancée d’une semaine par rapport à la finale du football américain, le Super Bowl qui lui, a été reculé d’une semaine.


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Durant ses nombreuses éditions, les 24h de Daytona ont connu de nombreuses péripéties. Comptant au championnat du Monde des voitures de sport, la FIA la déclasse en 1982 où elles rejoignent le championnat IMSA GT. Mais au milieu des 90’s, c’est la débandade. Pour des raisons financières et politiques, les GTP abandonnent l’IMSA obligée de créer sa propre catégorie des World Sports Car destinée aux protos ouverts. Malgré la présence des Ferrari 333 SP et Riley & Scott, la formule ne prend pas. En 98, les 24h de Daytona tombent sous le giron de l’USRRC (United States Road Racing Championship)… qui déposera le bilan en 2000 ! La course d’endurance rejoint alors le Grand American Road Racing Association, plus connu sous le nom de Grand-Am. L’esprit est le même que celui du USRRC, des courses où les budgets des teams sont limités. Ca fait grincer les dents des puristes, nostalgiques de ces courses d’antan qui voyaient se disputer l’élite des prototypes. Mais ça permet à chaque participant d’avoir sa chance et assure un plateau plus que fourni.

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En 2000 et 2001, les quelques protos engagés par des teams privés se font battre par les GT les plus rapides, Dodge Viper et Corvette C5R. Ca fait désordre, même pour les organisateurs qui décident alors de créer une nouvelle catégorie, celle des DP, les Daytona Prototypes. Ainsi, les anciens protos qui composaient le plateau et prenaient les 24h de Daytona pour une maison de retraite sont bannis. A leur place, les DP vont avoir leur propre règlement technique et après un départ laborieux en 2003 (Battus par une Porsche GT), ils s’imposent l’année suivante et finalement, la formule trouve sa place, même au delà des espérances. Bien que les DP soient loin des protos de ceux du Mans, les 24h de Daytona restent la première épreuve d’endurance de la saison, l’occasion d’aller décrasser ou tester les GT mais aussi de permettre aux pilotes de se remettre en gants puisque l’épreuve attire de nombreuses stars de la NASCAR et de l’Indycar.

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Tout ça pour en arriver à notre « petite » Lotus Europa qui a fait partie du plateau de l’épreuve en 1978… ce n’est pas rien, même si elle ne réussira pas à faire mieux qu’une 39ème place à l’arrivée. La voiture a été achetée neuve en 74 par Emiliano Rodriguez à Frank Boulton propriétaire de la concession Datsun – Lotus de North Miami Beach en Floride. A l’époque, il s’agissait d’une version John Player Special avec son 4 cylindres Ford Twin Cam, un 1.6l à culasse « big valves » de 125 ch qui faisait des miracles dans cette plume de 740 kg, aussi affutée qu’un scalpel.

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Après une paire d’années en version civile, Emiliano décide de lui enfiler un jogging et de l’engager aux 24h de Daytona en catégorie GTU. Rien à voir avec les méchante Unlimited qui arpentent la montée de Pikes Peak. En IMSA, dans les années 70, les classes s’apparentaient à celles des Gr.2, Gr.4 et Gr.5 européennes. Mais comme les ricaines préfèrent faire les choses à leur sauce, ils ont préféré les rebaptiser GTU, GTO et GTX. GT pour Grand Tourisme (jusqu’à là, pas de scoop !) puis O pour Over 2.5l et U pour Under 2.5l. Pour le X, c’est l’élite, celle des montres baptisée eXperimental, composée principalement de Porsche 935 et RSR que tenteront de battre quelques Ferrari 365 GTB/4 et Muscle Car.

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Notre Lotus Elan va donc être coursifiée, vidée, arcautée, et habillée d’un kit avec lèvre avant, mais surtout, des extensions qui habillent le cul pour la faire passer au format XXL avec des hanches à rendre jalouse une soeur Kardashian en grande forme ! Le moteur est simplement libéré pour approcher la barre des 160 ch, le poids (passé sous les 700 kg) et les réglages du châssis vont faire le reste. Renforcé, il est équipé de suspensions plus raides, les bras sont réalisés sur mesure, le train arrière est celui d’une Formula B (un championnat américain de monoplaces qui a été organisé par le SCCA de 65 à 74), la direction est personnalisée pour être plus directe et précise puis tout est posé sur des Minilite en 9×13′ à l’avant et des Jongbloed en 11×13′ derrière. Elles sont ensuite couvertes par des slicks Avon. Enfin, elle est ornée de ses peintures de guerre, rouge, jaune et bleu.

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La voilà prête pour tenter sa chance à l’édition 77 des 24h de Daytona, aux mains d’Emiliano Rodriguez et d’Hiram Cruz. Mais après quelques heures de course, un incendie lors d’un ravitaillement met fin à leur course. Elle est remise en état, et le duo revient tenter sa chance en 78. Elle se qualifie en 58ème place et terminera la course à une honorable 39ème place alors qu’une défaillance sur la commande d’embrayage l’a contrainte à boucler les dernières heures de course qu’avec la 2ème et la 5ème vitesse !

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L’aventure terminée, elle va se retrouver entreposée au fond d’un hangar à prendre la poussière et se décrépir doucement avec le temps. Et même si elle va changer de mains à plusieurs reprises, aucun des propriétaires n’osera se lancer dans une couteuse et fastidieuse restauration. Et c’est là que l’histoire est belle, car si on se focalise toujours sur les voitures victorieuses, heureusement qu’il reste des passionnés qui portent tout autant d’importance à l’originalité de certaines voitures. En 2012, elle rejoint le garage du propriétaire actuel qui décide alors de la sortir de son état de léthargie pour lu offrir une seconde vie. Elle est toujours dans sa configuration Daytona, mais le moteur et la boite doivent être remplacés. Après trois années pour préparer le projet, rassembler les informations et trouver les pièces, le projet est enfin lancé.

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La caisse est entièrement désossée et restaurée, le châssis est remis à neuf tout comme l’habitacle où tout ce qui nécessite d’être refait ou changé le sera. Seul bémol, elle reçoit maintenant un moteur Ford Cosworth 1.6 BDA  revu pour passer à un taux de compression de 12:1, gavé par deux Weber 45 DCOE, avec carter sec, allumage Mallory, collecteur et ligne complète Inox et accouplée à une boite Hewland à 5 vitesses. Mais l’esprit est là (sans mauvais de jeu mot pour une Lotus…) tel qu’il l’était en 78.

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Alors oui, elle n’a pas eu le palmarès d’une Porsche 935, encore moins la prestigieuse carrière d’une Ferrari 365 GTB/4… mais malgré tout, c’est le même ADN qui coure dans ses entrailles et rien que pour ça, n’en déplaise aux frustrés, elle mérite bien sa place ici.

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