’68 Marcos Mantis XP – Celle qui devait aller au Mans mais qui n’y ira jamais !
par Thierry Houzé | 12 février 2026 | Racing, Street |
Marcos, c’est une de ces petites marques anglaises parmi tant d’autres dans les 60’s et 70’s. Pour survivre, il leur fallait être originales, sérieuses, malines, fortes… bref, différentes sans pour autant en faire trop. Souvent, au premier foirage, c’était le naufrage. Alors elles pouvaient tenter le drop en essayant le coup d’éclat en sport auto. Le Monte Carlo, le Mans, Daytona, le RAC… une victoire le dimanche pouvait booster les ventes et remplir les caisses. Et ça, c’était le rôle de la Marcos Mantis XP…

Jem Marsh et les Adams Brothers
C’est d’ailleurs comme cela que Marcos va se faire un nom… Née en 59 de l’association de Jeremy « Jem » Marsh et de Frank Costin (respectivement négociant en pièces auto et ingénieur dans l’aéronautique), la marque va surfer sur le fameux light is right instauré quelques années plus tôt par un certain Colin Chapman. En 61, alors que Costin quitte le navire, remplacé aussitôt par les frères Denis et Peter Adams, Marcos aligne des voitures en 750 Motor Club… un pilote débutant du nom de Jackie Stewart, remporte 4 courses et Bill Moss (qui n’a aucun lien de parenté avec Stirling Moss !) remporte 9 courses sur 10 départs. L’année suivante, Stephen Minoprio remporte le Autosport 1000cc GT Championship au volant de sa Marcos Gullwing, en battant au passage 7 records du tour. En 65, la Mini Marcos entre en jeu. Une bouille sympa pour un gabarit qui se contente de 3m40 sur 1m40 pour 480 kg. C’est rigolo, mais ça va surtout en surprendre plus d’un… et permettre à Marcos de faire sa 1ère tentative dans la Sarthe en 66 où elle sera la seule voiture britannique à passer le drapeau à damier. Elle y retournera les années suivantes… mais surtout, elle va donner envie à Marsh et aux Adams brothers, d’y tenter la victoire.
Contreplaqué !
Et ça tombe bien puisque pour l’édition 68, le règlement vient d’être revu afin d’interdire les big blocks qui empêchent Enzo de faire gagner ses voitures. Les ingénieurs de Marcos vont se pencher sur celle qui va devenir la Marcos Mantis XP… XP pour Experimental. Ils montent deux treillis tubulaires. Un pour le train avant et le second pour le train arrière et le moteur. Les deux sont assemblés sur un châssis monocoque en contreplaqué renforcé. Afin de l’accompagner, John Cooper accepte de leur vendre les trains roulants qui équipaient sa F1 la saison précédente. Pour l’animer, ils pensent l’équiper d’un V12 BRM. Mais le tarif les pousse à se rabattre sur un V8 Repco et une boite 5 manuelle Hewland DG300 que leur vend Jack Brabham. Sa puissance va être revue à la baisse histoire de lui offrir un peu plus de fiabilité. Il envoie néanmoins un peu plus de 300 ch sur les roues arrière alors que la voiture se limite à 650 kg. Au niveau de l’aéro, la voiture est aussi large que basse et les courbes se mêlent aux arêtes rectilignes avec un cockpit vitré au centre. Elle aurait sa place dans un film de science fiction des 60’s !
1000 km de Spa
La voiture rate les essais préliminaires du Mans en avril. Mais elle sera prête pour mai 68 alors que les manifs bousculent la France obligeant les 24h du Mans à être repoussées à septembre. L’équipe Marcos décide alors d’engager la Mantis XP aux 1000 km de Spa. Pilotée par Jem Marsh et Edward Nelson, la course se déroule sous des conditions torrentielles dignes de la fin du monde. Dès les premiers tours, l’habitacle est inondé… la voiture passe par les stands pour qu’on y fasse des trous dans le plancher afin d’évacuer l’eau. Elle repart dernière et au 10ème tour, elle est déjà remontée de la 38ème à la 21ème place avant de partir en tête à queue. 4 tours plus tard, c’est l’alternateur qui fait des caprices. Ne voulant pas risquer de casser le moteur, Marcos préfère alors abandonner.
Obligée de fuir aux USA
Le meilleur reste à venir… Comme il reste 3 mois à patienter avant les 24h du Mans, Marsh décide de faire poser un V8 Buick 215 ci (le fameux 3.5 l qu’on retrouve également sur les Rover) avec culasses modifiées, ligne libérée et gavé par 4 carbus Weber qui le font passer de « 200 et quelques » à plus de 250 ch. La Marcos Mantis XP devient alors son daily ! Ouais, j’vous laisse imaginer la tronche des habitants de la bourgade de Bradford-on-Avon à chaque fois qu’ils croisent cette ORNI ! Si ce n’est qu’il va aussi attirer l’attention du fisc… avec l’intention de lui faire payer la « purchase tax » qui, comme son nom ne l’indique pas forcément, est une ancêtre de la TVA basée sur le degré de luxe de la voiture et dont le calcul est laissé au bon vouloir du contrôleur… et autant dire que devant ce modèle unique, la note va être plus que salée ! Pour y échapper, Marsh va exporter sa voiture aux USA. Elle y restera, y fera la tournée des salons et finira par être rachetée par Tom Morris, un homme d’affaire qui, lui aussi, va en faire son daily. Sa femme la surnommera la « Happy car » puisque la Mantis XP faisait sourire les gens qui croisaient sa route quand son mari la prenait pour mener son fils à l’école ou pour aller faire les courses !
Retour en Europe
Elle va rester dans la famille Morris, et sera restaurée juste avant de revenir sur ses terres d’origine en 2009 afin de participer au cinquantenaire de la marque qui se déroule à Prescott et de s’afficher, l’année suivante, au Festival of Speed de Goodwood. Après 55 ans de bons et loyaux services, la famille Morris a décidé de s’en séparer. Elle est aujourd’hui à vendre chez Speed 8 Classics. Voilà, c’était l’histoire originale d’une voiture encore plus originale née pour les 24h du Mans, et qui finalement, n’y posera jamais les roues…
© Speed 8 Classics