Au début des années 90, Chevrolet lance la bestiale Corvette ZR1. Avec ses 390 ch sur les roues arrière, elle est considérée comme une supercar. Mais plutôt que de faire péter le bouchon de champagne, certains ingénieurs s’inquiètent… ils ont entendu parler d’un missile sol-sol en cours de développement du côté de chez Dodge. Alors pour garder les projos braqués sur leur sportive, ils vont avoir une idée délirante… glisser un V12 sous le capot de la Vette !

 

93 Corvette C4 ZR12... The Viper Killer ! 1

 

208 ch dans une Corvette ?!

Faut comprendre qu’à sa sortie en 83, la Corvette C4 doit se contenter du V8 L83 350 ci, un 5.7 l de 208 ch et 393 Nm. En plein Clean Air Act, les V8 élevés à Detroit cherchent encore à reprendre leur souffle. Malgré des perfs honorables, la Vette n’est plus que l’ombre d’elle même, loin de revendiquer l’ADN de ses ancêtres. En 85, le L98 vient prendre sa place. Si sa cylindrée ne bouge pas, il affiche 235 ch pour 448 Nm avant de passer à 250 ch et 454 Nm en 87. C’est déjà mieux, mais ça laisse un gout de pas assez aux plus exigeants.

 

Callaway B2K ou Corvette ZR1

Il y a avait bien des Corvette passées entre les mains de préparateurs plus ou moins talentueux. Mais le résultat n’était pas toujours fiable… et surtout, elles cherchaient surtout à tuer tous ceux qui en prenaient le volant. En 87, seule la Callaway B2K réussissait à dompter les 398 ch de V8 L98 biturbo. En 90 la ZR1 venait rattraper le coup avec un V8 LT5 full alu, toujours en 5.7 l mais développé conjointement avec les sorciers de chez Lotus qui lui ont offert deux culasses double arbre 32 soupapes pour lui faire sortir 380 ch et 501 Nm de couple.

 

Attention à la Viper !

Mais ce n’était pas pour autant l’euphorie chez Chevrolet. Depuis un p’tit moment, du côté de chez Dodge, on mettait la main à une future rivale. Née d’un proto dévoilé en 89, un monstre au look démoniaque qui devait recevoir un V10 dérivé de celui d’un camion. Annoncé avec plus de 400 ch, il y avait de quoi donner des sueurs froides aux ingénieurs mais aussi aux pros de la comm’ de chez Corvette. En 91, lors des 500 Miles d’Indianapolis, la Viper vient confirmer toutes les craintes. Même si son V10 de 8.0 l fort de 394 ch et de 621 Nm offre grosso modo les mêmes perfs que la ZR1, sa gueule tue le game ! Mais surtout, elle attire les foules et les projecteurs…

 

Un V12 ?!

Du côté de la Corvette, on va réagir. Pour la route, la ZR1 évolue. Son V8 reçoit une nouvelle admission et une ligne revue. De quoi le faire passer à 405 ch et 522 Nm. Pour la comm’, certains ingénieurs vont avoir une idée diabolique ! Pour faire mieux que le V10 de la Viper, ils ont l’idée de glisser un V12 sous le long capot de la Vette. Et comme ce type de bloc n’est pas dispo sur la planète General Motors, ils vont se rapprocher de Falconner Racing Engine. Cet établissement, propriété de Ryan Falconner, est basé du côté de Chino Valley, en Arizona. Leur spécialité ? Assembler un V12 tout alu, fruit du mariage de deux small blocs Chevy, revu et corrigé par les ingénieurs « maison ». Affichant 9.8 l de cylindrée, le gazier développerait 685 ch et 922 Nm de couple ! On retrouve ce gazier dans des hot rod, des bateaux, des camions et même des répliques de P-51 Mustang.

 

Corvette ZR12 ou EX5664

Une ZR1 va être sacrifiée pour l’occasion. La boite 6 manuelle de chez ZF devrait encaisser, tout comme les trains roulants. De toute façon, elle n’est pas sensée aboutir à une version routière. Qui plus est, tout alu, le V12 n’accuse que 40 kg de plus que le V8. Si ce n’est qu’il fait 20 cm de plus… du coup, pour le faire entrer, il a fallu allonger l’empattement entre le train avant et le cockpit. Les ailes et le capot ont été réalisés spécifiquement sur mesure. Quelques manos viennent fleurir sur le tableau de bord pour veiller au grain. A l’origine, celle qui s’appelle officiellement EX5664 (EX pour Experimental) mais qu’on appelle affectueusement Corvette ZR12 va afficher un look custom… ouïes latérales noires au niveau de la rallonge d’empattement, et échappements en side pipes… en cherchant à aller jouer sur le même terrain que la Viper, ils en ont fait une caricature.

 

Dangereuse…

Malgré tous ces efforts, l’histoire va se finir en quenouille ! Lors des premiers roulages, le refroidissement repris de la ZR1 n’est pas calibré. Le bloc chauffe, trop et trop vite. Et il n’y a pas la place pour le faire grossir. De plus, le comportement est bizarre, voire dangereux. Il faut croire que les 20 cm n’ont pas fait du bien à l’équilibre pourtant impressionnant de la ZR1. Enfin la rigidité est devenue aléatoire. Ca se déhanche même à l’arrêt ! Rapidement, le projet EX5664 est abandonné et avec lui, la campagne de comm’ qui y était associée.

 

A voir au National Corvette Museum

Il n’empêche que contrairement à beaucoup de projets abandonnés qui finissent au fond d’un hangar glauque, cette Corvette ZR12 a été conservée par Chevrolet, civilisée esthétiquement avant de se retrouver exposée en bonne place au National Corvette Museum, prêtée par le constructeur.

 

 

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