On oublie souvent que l’arrivée de l’Alfasud en 72 a véritablement signé un changement de politique chez Alfa Romeo. On démocratisait le Cuore Sportivo pour le rendre plus accessible, populaire sans pour autant sacrifier l’ADN de la marque milanaise. A tel point que pour booster encore plus son image, la marque va lancer le projet Sprint 6C censé être le ticket d’entrée de l’Alfasud en Gr.B afin de bénéficier de l’engouement pour la discipline…

 

Alfa Romeo Alfasud Sprint 6C - Pour le Gr.B... ou pas ! 1

 

Alfasud et Alfasud Sprint

L’Alfasud voit le jour en 72 et 4 ans plus tard, elle a le droit à sa version coupé, l’Alfasud Sprint. Giugiaro s’est appliqué pour offrir à l’une comme à l’autre des lignes sportives et sexy. Le job est fait, les ventes sont là, les moteurs sont pétillants, bien aidés par des poids contenus… même si tous ces efforts ont du mal à faire passer la pilule auprès des alfistes. Arffff, les fans ont toujours cet esprit puriste… limite taliban ! Les gars doivent s’imaginer que toutes les décisions concernant leur marque doivent se prendre avec leur validation. Le cas échéant, ils sont prêts à tout faire péter… Eh bien c’était un peu le cas pour l’Alfasud et la Sprint qui avaient révolutionné la marque en faisant passer les watts par les roues avant. Sacrilège ! Pourtant, chez Alfa, on savait depuis un moment qu’il fallait en passer par là. Les marchés étaient en train d’évoluer… les clients aussi. Il fallait savoir suivre les besoins pour pouvoir rester dans le game, quitte à revoir son histoire, sa culture et ses acquis. A la fin des années 60 Alfa appartient à l’état italien et l’état major veut que la marque propose une voiture plus accessible, plus populaire. Faut produire… le secret vient de là. Y’a pas à tortiller, faut faire du volume avec un ou deux modèles, qui vont te permettre de remplir les caisses afin de pouvoir continuer à proposer en parallèle, ta gamme passion !

 

Trofeo, rallye et Touring Car

La populaire ce sera donc l’Alfasud et son coupé Sprint. Et la sauce va prendre puisqu’aucune Alfa ne ce sera vendue aussi bien avant elle. Et pour tenter de se réconcilier avec les Alfistes les plus radicaux, y’a pas 36 solutions, faut montrer que sous ses airs de bonne soeur, la petite n’en est pas moins cochonne sportive et pétillante. Pour cela, il faut en passer par le sport auto. Alors Alfa va lui concocter un programme sur mesure. Alfasud Trofeo en 75, suivi l’année suivante d’un Trofeo européen, plus du rallye (avec de belles victoires de classe) et un peu de touring car en Australie et en Angleterre.

 

Sprint 6C pour le Gr.B

Pour la Sprint, ce sera autre chose. Le Gr.B pointe le bout de son règlement en 82. Présenté comme une évolution du Gr.4, il va surtout devenir une sorte d’antichambre de l’enfer ! Un règlement permissif, des ingénieurs plus qu’inventifs, des budgets conséquents, il n’en faut pas plus pour donner naissance à des monstres aussi puissants qu’impressionnants, domptés par des kamikazes funambules qui vont rentrer dans la légende. En tout cas, c’est Autodelta qui va s’y coller… et lance officiellement le projet Sprint 6C.

 

V6 Busso central arrière

Un proto Stradale va être assemblé. Le coupé troque son Flat 4 et sa traction au profit d’un V6 Busso 2.5 l de 160 ch en position centrale arrière associé à une boite 5 manu ZF avec DGL et d’une propulsion. L’équipe a songé greffer un turbo au 4 cylindres… option rejetée par Carlo Chiti (le boss d’Autodelta) qui préférait la fiabilité d’un atmosphérique. Les trains roulants sont revus, renforcés et élargis. Pour les couvrir, Zagato se charge de muscler les lignes du coupé. Ailes carrées, nouveaux pare-chocs, jalousie sur la lunette arrière, aileron de type Ducktail, passage de roues élargis et jantes de 15″. Dans le cockpit devenu biplace, on retrouve des baquets en cuir et de la moquette rouge. La voiture est dévoilée au salon de Paris en octobre 82. Alfa en a profité pour l’habiller des évolutions stylistiques qui équiperont la Ph2 quelques mois plus tard.

 

Un 2ème proto en présérie ?!

Un nouveau proto débarque quelques mois plus tard. Si le 1er affichait une finition artisanale et approximative, le 2nd est plus abouti. Ca sent  même le modèle de pré-série. Par rapport à son prédécesseur, on y retrouve des antibrouillards, des custodes en plexi, quelques touches de chrome, un hayon avec aileron corrigé, un diffuseur arrière et dans le cockpit, les baquets sont plus modernes, un volant Momo a fait son apparition, la finition a évolué dans le bon sens et le levier de vitesses a été emprunté à la cousine 037.

 

Proto tu es, proto tu resteras !

Certains diront qu’il n’y a plus qu’à… sauf que pendant c’temps là, Alfa avait pété le budget sur le projet F1 avec le développement du V12 puis du V8 Turbo qui s’avèrera être un véritable naufrage sportif et financier. La connerie a vidé les caisses… Pour ne rien arranger, la Sprint 6C est une propu. Autodelta à sous estimé l’importance de la transmission intégrale… et on comprend trop tard que pour gagner, ce sera compliqué de s’en passer. Sauf qu’il faut tout recommencer. La conséquence, vous la connaissez déjà. Aucune Alfa Sprint 6C Gr.B ne mettra les roues dans les spéciales du championnat du Monde des rallyes.

 

 

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