S’aligner au départ d’une course en Opel Commodore, c’est comme tenter de gagner un 100 m habillé en tyrolien et chaussé en sabots… après avoir avalé une bonne choucroute. Autant dire que c’est pas gagné. Mais si vous êtes un habitué de DLEDMV, vous savez aussi bien que moi qu’il y a toujours une gars pour se dire… « Et pourquoi pas ?! ». Ce gars, c’est Steinmetz, et sa Commodore elle embarque un V8 et s’appelle Jumbo…

 

'73 Opel Commodore V8 Steinmetz Gr.5 - Jumbo ! 1

 

Opel Commodore

L’Opel Commodore, c’est le coupé de la berline Rekord qui se pose comme le déplaçoir dans la famille au Blitz. Revendiquant une posture haut de gamme, il mise malheureusement tout sur sa ligne car si il est mauvais nul part, aucune de ses qualités suffisent à aller chercher les références. Ni bon ni mauvais, ni luxueux ni banal, ni sportif ni pullman, il reste condamné à rester au milieu, dans un marché de niche. Une Opel quoi… ni trop, ni pas assez. Alors si ça peut faire le job sur une berline populaire, ça n’suffit pas pour se faire une place au milieu de l’élite des coupés luxueux et sportifs. Né en 67, renouvelé en 72, il disparait en 77 après quasiment 300000 voitures produites… Plus d’un constructeur s’en contenterait aujourd’hui. Mais à l’époque, Ford avait déjà vendu plus d’1 million de Capri et VW écoulait plus de 500000 Scirocco. Malgré tout, son remplaçant, le coupé Monza, fera même pire avec seulement 46000 coupés assemblés en 6 ans de carrière. Quoiqu’il en soit la base est là…

 

Chasser les CSL et Capri

Et elle va séduire Klaus Steinmetz, ingénieur et pilote allemand, vainqueur au volant de son Abarth Simca 1300 Bialbero des 500 km du Nürburgring 64 et de la Coppa Inter Europa à Monza en 65. Après une carrière parsemée de podiums et de places d’honneur, il lance en 1970 un atelier qui se charge de coursifier les Opel, notamment le coupé Commodore. Ca tombe bien ! En 73, au milieu des projets « clients » il décide de s’en préparer un qui irait se battre face aux références de l’époque, la BMW CSL et la Ford Capri.

 

Jumbo !

L’Opel Commodore est mis à tôle. La recette est classique… habitacle vidé avec arceau, baquets, extincteur… le look est virilisé. Et pas qu’un peu ! Ailes XXL, spoiler avant en mode chasse neige et aileron arrière à rendre jalouse la 1ère table de camping venue ! D’autant plus que Klaus décide de l’habiller en jaune canari. Oui, faut qu’on la remarque… et de loin ! La gueule est démentielle… à tel point qu’on va l’affubler du surnom de Jumbo, en référence au Boeing 747 Jumbo Jet !

 

V8 6.0 l de 500 ch

Aux 4 coins, les rouleaux de 17″ sont aussi larges que hauts. Derrière, tout est revu. Trains roulants, freins, suspensions… on est en mode compet’ (oui, j’ai pas les specs !). D’autant plus que sous le capot, on retrouve maintenant un V8 Chevy 5.4 l emprunté à une Opel Diplomat et stroké à 6.0 l pour envoyer 500 ch aux slicks arrière. Avec seulement 1020 kg sur la balance elle affiche sur le papier de quoi aller manger celles qui se dresseront devant elle !

 

Illégale ?!

Le souci, c’est qu’il faut maintenant l’homologuer… Les CSL et Capri courent en Gr.2. Mais pour y accéder, il faut avoir conservé son moteur d’origine. La Commodore Steinmetz et son V8 6.0 l sont recalés… et ce sera le cas dans tous les autres groupes ! Elle est illégale… et impossible à faire courir.

 

Interserie Super Stock

Mais voilà, nous sommes en 73. Le monde vient de se prendre son 1er choc pétrolier. Les grilles de départ se vident… notamment en Interserie, une sorte de CanAm européen peuplé de monstrueuses Gr.7. Du coup, pour remplir la grille de la saison 74, les organisateurs vont créer une catégorie Super Stock… modifiant le Gr.5 pour accueillir ces sortes d’hybrides entre les voitures de tourisme et les protos. Un peu comme un Groupe 5.7 ! Et si cette catégorie ne vivra que durant la saison 74, elle permettra à la Commodore Steinmetz V8 Jumbo d’y faire ses preuves… aux mains de Peter Hoffmann. Faute de budget suffisant, Steinmetz prendra la décision de louer la voiture. La saison se soldera avec une 10ème place à Kassel-Calden en guise de meilleur résultat. En 75, la catégorie Super Stock est abandonnée, Peter Hoffman passe sur une McLaren M8F et la Commodore V8 Steinmetz est revendue à un particulier qui finira par la foutre à la casse où elle sera broyée !

 

Hommage à Klaus

Il y a quelques années, Oliver Steinmetz, le fils de Klaus, aujourd’hui à la tête de Steinmetz Opel Tuning, a eu l’idée de lui redonner vie. Tout est parti d’un aileron qui aurait survécu à la destruction. Après avoir récupéré les plans de la voiture originale, son équipe, accompagnée d’anciens ingénieurs ayant participé au projet originel, s’est chargée d’assembler une réplique aussi fidèle que possible à l’originale. Présentée en juin 20205 lors de la 52e réunion annuelle du Old Opel Interest Group, c’est même Peter Hoffman qui en a repris le volant. Un bel hommage à son père disparu en 2009…! Et le come back d’un sacré monstre, reflet d’une belle époque bien trop lointaine maintenant…

 

 

© Steinmetz via signatures éventuelles