« Pour sauver Aston Martin, il faut vendre plus de voitures même si pour cela, il faut un modèle plus accessible avec un petit moteur ». C’est grosso modo le discours que tenait Victor Gauntlett, président d’Aston Martin. Pour donner vie à son idée, il va vendre ses parts à Ford et au salon de Genève en mars 93, l’Aston Martin DB7 pointe le bout de calandre et de son… 6 ligne ! Les puristes sont choqués et les journalistes sont sceptiques et lui annoncent une carrière dramatique… ou pas !

 

'96 Aston Martin DB7 i6 - Ticket d'entrée... 1

 

Une question de survie

Faut comprendre qu’à la fin des années 80, Aston Martin c’est une sorte de dinosaure artisanal qui continue d’assembler des voitures à la main. La qualité des matériaux permettait de combler une finition et une fiabilité aléatoire. Depuis le début des 90’s, moins de 200 voitures sortent de l’atelier de Newport Pagnell. En 92 seulement 60 voitures ont été assemblées… Victor Gauntlett est aux manettes et il a compris depuis un p’tit moment que la survie d’Aston ne passera que par une augmentation de la gamme et des volumes de ventes. Mais bon, difficile de relancer la machine quand les caisses sont presque vides. Alors pour rentrer de l’oseille, et tenter de lancer une nouvelle voiture, en 87, il revend 75% de ses parts à Ford. Il reste président de la marque et utilise une partie de ces liquidités et les garanties financières apportées par l’ovale bleu pour lancer le développement d’une nouvelle Aston, avec à partir de 89, l’appui technique de Jaguar qui vient d’être rachetée par Ford. L’objectif de cette nouvelle Aston est simple… elle doit sauver la marque.

 

Jaguar XJ41

Si Gauntlett quitte Aston en 91, le projet NPX (Newport Pagnell Experimental) est en route. TWR a rejoint le projet pour gérer la conception et le développement. Jaguar sert de base d’organes et Ford garantit les finances. La plateforme de la NPX est une évolution de celle de la XJS. Le style reprend celui des concepts XJ41 et XJ42 dévoilés au début des 80’s. Ian Callum va cependant revoir la copie pour la rendre « moins Jaguar » mais « plus Aston » ! Enfin sous le capot, l’origine de la polémique… pas de V8, et encore moins de V12. Un 6 en ligne, le Jaguar AJ16 de 3.2 l revu par les ingénieurs de chez TWR. Histoire d’aller y chercher des watts, ils lui ont collé un compresseur Eaton et le font passer de 219 à 335 ch avec un coupe de 460 Nm. Si ce n’est que le gros coupé accuse plus de 1800 kg…

 

DB7… Aston au rabais ?!

La voiture est dévoilée au salon de Genève 93. La voiture séduit le public… mais pour limiter les couts, Ford n’a pas lésiné sur les économies. Même si on a conservé la moquette épaisse et le cuir Connolly, les commodos viennent d’une Mondéo, Citroen fournit les rétroviseurs qui se règlent électriquement grâce à des boutons d’origine Renault pendant que les poignées de portes et les feux arrière viennent de chez Mazda. Les puristes sont au bord de la dépression… les journalistes aussi. D’autant plus que sur la route, la DB7 est une bonne GT, confortable, silencieuse et performante avec le 0 à 100 qui passe sous la barre des 6 secondes, le 400 m signé en 14,3 et la Vmax qui se contente de 257 km/h. Largement suffisant pour un comportement qui n’a rien de sportif. Ca se vautre, ça tire, le freinage déclare vite forfait, le 6 en ligne a beau être volontaire, il est vite bridé par une boite dépassée.

 

Echec annoncé…

Sauf qu’elle est proposée pour un peu plus de 600.000 Frs. Et ça, ça va tout changer. Car finalement, l’Aston Martin DB7 va trouver son public. En 95, Aston vend plus de 651 voitures… un record ! L’année suivante, la production dépasse les 700 voitures. La DB7 ne va cesser d’évoluer. L’option Driving Dynamics lui permet d’accueillir un freinage Brembo, une ligne libérée et un DGL. En 96, le cabriolet fait son apparition et en 99, Aston va finir par se réconcilier avec ses adeptes puisque la DB7 V12 Vantage  rejoint le catalogue. En 2002, deux ans avant de tirer sa révérences, la V12 GT vient prouver que la DB7 possédait l’ADN d’une sportive… En 2004, la DB9 pousse la DB7 à la retraite. Elle aura été produite à 7092 exemplaires. Il faut comprendre que depuis sa naissance en 1913, Aston a produit un peu plus de 12000 voitures en 80 ans… à elle seule, la DB7 va être produite à plus d’exemplaires que toutes les DB réunies depuis le début de l’ère David Brown débutée en 1947. C’est elle qui va sauver Aston, la faire entrer dans une nouvelle dimension. Et dire que les spécialistes » avaient annoncé un échec…!

 

 

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