L’unique Alpine A220 “courte” : Après la piste, le rallye !



On connait l’Alpine A220, ou du moins, on en a entendu parler. Basse, fine, avec son châssis long et sa queue qui permettait d’améliorer sa vitesse dans les Hunaudières qui n’étaient encore qu’une belle et longue ligne droite. Mais ce qu’on sait moins, c’est que l’A220, après une carrière en demie teinte en endurance, a connu une courte carrière en rallye… Et qu’il n’existerait qu’un seul exemplaire, témoin de cette époque…

Et il est sur DLEDMV ! Enfin, il est surtout chez un professionnel anglais spécialisé dans la vente d’anciennes caisses de course. Mais attention, comme beaucoup de spécialistes anglais, le “stock” a de quoi rendre gaga tous les férus de ce genre d’engin avec actuellement au catalogue à côté de l’Alpine, une Bentley Speed Six de 1929, une Loto T70 Mk3B de 69, une Lotus 16 ex Jim Clark et Graham Hill ou encore une Cooper T49 que pilotait Stirling Moss à Monaco en 59. Ouais, on est très loin du Berlingo “affaire à saisir” du Boncoin !

Quand Jean Rédélé fonde Alpine en 55, il a la ferme ambition d’aller jouer dans la cour des grands. Rapidement, les berlinette commencent à se distinguer notamment par leur compacité et leurs poids réduits. Rédélé a repris le concept initié 3 ans auparavant par Colin Chapman, le désormais célèbre “Light is right”. Et si la recette a fonctionné de l’autre côté de la Manche, il n’y aucune raison que ça ne marche pas non plus chez nous. L’Alpine A106 allait montrer qu’une frêle 4 CV pouvait avoir un ADN sportif et commencer à remporter des victoires de classes. L’A108 allait a son tour confirmer ce que sa petite soeur avait commencé. Et c’est en 62 que les choses sérieuses allaient débuter avec l’arrivée de l’A110.

Mais dans les années 60, pour gagner ses galons de constructeur de voitures de sport, il n’y a pas meilleure pub qu’une victoire aux 24h du Mans, et Rédélé se met donc à rêver et on voit la 1ère Alpine M63 taquiner des Hunaudières en 1963. Bon pas longtemps puisqu’elle allait jeter l’éponge au bout de 50 tours. L’année suivante, c’est 4 voitures qui sont alignées, une M63 et trois M64. La marque va accrocher une 17ème (M64) et une 20ème place (M63) au général, les 2 autres abandonneront.  Rebelotte en 65 avec ce coup ci, pas moins de 6 voitures. Mais aucune ne franchira la ligne d’arrivée.

Du coup, pour 66, Alpine décide de monter d’1 cran en développant l’A210… qui est une évolution de la M65. Le châssis est quasiment identique, mais la carrosserie est revue pour améliorer l’aérodynamisme. Sous le capot, le petit 4 cylindres de 1292cm3 développé par Gordini, envoie 135 ch sur les roues arrière… Alpine va en aligner 6 au Mans et c’est un 1er succès puisque 4 voient l’arrivée, en accrochant les 9ème, 11ème, 12ème et 13ème places au général, avec au passage, la victoire de classe en moins d’1.3l. Et ça continue en 67 avec pas moins de 8 voitures engagées ( Dont une M64 du team NART). Mais ce coup-ci, Alpine fait courir ses voitures dans 3 classes différentes :  1l, 1.3L et 1.6l avec le nouveau 1470cm3 de 165 ch. Pendant que les deux 1.0l abandonnent, trois 1.3l (Sur 4 engagées) remportent leur catégorie tout comme la seule 1.5l qui rejoindra l’arrivée. 

L’endurance n’a rien à voir avec les spéciales de rallye, surtout qu’en face, les concurrentes sont coriaces et expérimentées, Ferrari, Porsche, Ford, Maserati… Les Alpine sont peut être légères, mais leurs petits moteurs peinent à encaisser sur la durée surtout qu’en face, on aligne du V8 et du V12. Alors chez Alpine, le dernier level va être franchi pour 68 et l’arrivée de l’A220 spécialement  développée pour accueillir le nouveau V8 3.0l, les choses devraient devenir plus que sérieuses !

Mais voilà, pendant que la petite française vient jouer les gros bras, la concurrence n’est pas du genre small player non plus ! Ford GT40, Alfa T33, Porsche 907 et 908, Ferrari 250 LM, Lola T70… L’édition du Mans 1968 est digne d’une superproduction hollywoodienne ! Mais malheureusement l’A220 n’y jouera que les 2nd rôles, car malgré 4 voitures au départ (Et 5 A210 ainsi que 2 A110 privées), une seule terminera en 8ème place, juste devant les 4 A210 classées. 

Malgré une dernière tentative en 69, Alpine ne parviendra qu’à accrocher une 12ème place et encore, avec une A210 1.0l ! Toutes les autres voitures alignées (3 A210 et 4 A220) ne verront pas l’arrivée ! Il faudra par la suite attendre 75 pour voir revenir Alpine au Mans, et ce sera avec Renault sur l’A441… mais ceci est une autre histoire, que je vous ai déjà racontée !

Quoiqu’il en soit, pour en revenir à l’A220, Alpine n’a pas définitivement jeté l’éponge. Si la chance ne veut pas être de son côté en endurance, ils vont aller voir comment ça se passe ailleurs. Et c’est Jean-Pierre Jabouille qui va réussir à convaincre Jean Rédélé de faire tenter sa chance à l’A220 au Tour de France. Il est convaincu que le parcours qui mêle des étapes sur piste, sur route et en côte correspond à la voiture. Rédélé cède et fait modifier une A220. Les fesses sont raccourcies, l’avant modifié avec un nouveau spoiler et de nouveaux phares. Enfin l’habitacle est adapté pour recevoir un copilote. 

La voiture est finalement engagée au Critérium des Cévennes en novembre 69 et termine la course et par la même occasion sa très courte carrière, par un abandon sur problème électrique ! Alpine décide de stopper les frais ou du moins de se consacrer exclusivement à sa nouvelle star des spéciales, l’A110… 

© The Gallery Cars & Sounds / William I’Anson Ltd & signatures éventuelles


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