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Voyez le piège arriver là ? Vous parler de l’Alpine A110 1600 S, c’est comme faire Paris Rio en Boeing 747… mais sanglé sur le nez de l’appareil ! Certains en ont fait des livres… moi je dois en faire un article en essayant de ne pas vous prendre la tête ! Pas simple quand on cause de la voiture de sport tricolore surement la plus emblématique… car si les anglais avaient Lotus, en France, on avait Alpine !

Après avoir remporté plusieurs rallyes au volant d’une 4CV qu’il a pris le temps de préparer à sa sauce, Jean Rédélé, alors concessionnaire Renault, lance sa marque en 1955 et l’appelle Alpine, en référence à ces petites routes des Alpes, si tortueuses et glissantes, sur lesquelles lui et sa petite 4CV faisaient des miracles. L’A106 va inaugurer le catalogue de la marque, remplacée en 58 par l’A108.

Si l’A106 reprenait les bases de la 4CV, l’A108 repose sur un tout nouveau châssis poutre avec à chaque extrémité, un berceau, assurant rigidité et légèreté. A l’avant il reçoit la direction et à l’arrière, il accueille le moteur. Cette architecture signera celle de toutes les futures Alpine jusqu’à l’A610.

L’A108 va introduire chez Alpine le concept de la berlinette… à la française. Venue d’Italie, une Berlinetta est un coupé deux places – parfois en 2+2 – mais plus compact, plus bas et plus sportif qu’une GT. En France, la vision de la berlinette va trouver véritablement sa définition à partir de 1962 avec l’arrivée de l’A110… une A108 ++, plus fluide, plus basse, plus puissante, plus sportive, plus ultime. Le dessin est aussi sobre, même s’il s’est virilisé… l’architecture est la même, châssis poutre, moteur en porte à faux arrière et caisse en polyester.

Basse et compacte, vous vous glissez dans les baquets pour faire corps avec la voiture, le cul à quelques centimètres du bitume. Si l’A108 piquait une partie de ses entrailles mécaniques à la Dauphine, l’A110 empruntait les siennes à la R8. Revue par les ingénieurs de Rédélé, la berlinette rimait avec un motricité sans faille pour une maniabilité diabolique… son seul défaut, c’est sa tenue de cap. L’A110 est plus délicate en ligne droite qu’en virage… mais bon, en rallye, des lignes droites, y’en a quasiment pas ! Par contre dès que ça tourne, elle est imbattable. Enfin, elle se laisse conduire vite, mais pour aller très vite et exploiter tout son potentiel, hors de question d’y manquer de respect et de la prendre à la légère. Donc pour aller taquiner ses limites, de sérieuses notions de pilotage sont obligatoires. Son ADN c’est le sport auto… ne l’oubliez pas.

La carrière de l’Alpine A110 va durer 15 ans… 15 années faites de constantes évolutions, poussées par les victoires en sport auto. Pendant que la Berlinette va enfiler les victoires comme des perles, pour la route, elle allait se poser comme l’une des références en terme de sportivité et d’agilité. Oubliez la recherche de puissance absolue. Son truc à elle, c’est le « léger c’est la vérité » ! Compacte, rigide, légère et affutée, elle va devenir la référence des petits routes sinueuses. Et plus les générations vont défiler, plus elle va montrer puissante, rapide et incisive.

Evolution de l’A108, elle débarque en 63 avec un 956 cm3 alimenté au Solex 32 pour… 44 ch. Dès l’année suivante, elle passe en 1.1 l pour 66 ch, puis 95 ch en 65. A partir de 66, c’est 1300 qui entre en jeu, avant de voir arriver le 1.6 l en 68. La version la plus pissante voit le jour en 69… la 1600 S emprunte le 4 cylindres de la R16 TS, le Cléon fonte revu et corrigé est dopé par deux double-corps Weber 45 DCOE. 122 ch pour 680 kg, avec ce tempérament échappé des spéciales, il n’en faudra pas plus pour faire de l’A110 1600 S la référence tricolore des sportives et le rester pendant de nombreuses années. Aujourd’hui encore, pour beaucoup, sa « simplicité » associée à son efficacité font de l’A110 une des sportives les plus pures.

© ISSIMI