Parfois une révolution, ça tient à pas grand chose. Tenez, prenez l’Alfasud… quand elle est dévoilée en 71, si les journaleux et le public vont rapidement être séduits par la propal signée Alfa Romeo, les puristes n’ont qu’une envie, lui foutre le feu… ou lui jeter de l’eau bénite pour qu’elle soit dissoute à l’image d’un cachet effervescent ! Il n’empêche que l’Alfasud va vite devenir un best seller. Et vous savez quoi ? Il parait que même les alfistes vont finir par l’aimer !

 

'79 Alfa Romeo Alfasud - Pronta per la corsa... 1

 

Question de vie ou de mort !

La passion n’a rien de commun avec la raison, c’est bien connu. Et certaines marques en sont parfois victimes… Que ça plaise ou pas, elles sont tenues de respecter une règle simple, celle du business… les bagnoles passion c’est bien, mais faut amortir les couts, développement, ligne de prod’, marketing et comm’… Et là y’a pas de secret, l’amortissement il s’anticipe avec des prévisions de ventes en fonction de la marge dégagée. Tout part du moment où la voiture se retrouve dans un show room et que les bons de commande commencent à se signer… ou pas. Parce que si ça ne vend pas, c’est le naufrage financier. Et ça, les puristes, ils n’en ont souvent aucune notion. Quand ça leur plait et que ça correspond à leur vision, ils sont contents… attention, ça ne veut pas dire qu’ils achètent. Quand ça ne leur plait pas, ils chient dessus… et n’achètent pas plus.

 

Toyota Supra, Honda NSX…

Le meilleur exemple ? La Toyota Supra Mk4. Quand elle a pointé le bout de son capot en 94, tout le monde s’en branlait. Résultat, sur les 45000 et quelques Supra MK4 produites, seulement 1500 voitures seront vendues en Europe, dont 49 en France… 49 ! De quoi couler une marque… heureusement pendant que la Supra prenait la poussière dans les show rooms de Paris, Londres, Milan ou Berlin, le reste de la gamme se vendait comme des sushis. Pourtant, quand la Toy’ GR Supra débarque en 2019, reposant sur une base de BMW Z4 revue et corrigée par les ingéneiurs de Gazoo Racing (y’a pire comme pedigree !), elle va quand même se faire poutrer par les ayatollahs qui, depuis qu’ils ont vu Fast & Furious et joué à s’prendre pour Brian dans Gran Turismo ou Forza, ont décidé de c’qu’aurait dû être l’avenir de la Supra. C’est là que tu vois que les mecs ils sont pas forcément câblés… Après avoir vendu 1500 bagnoles dans les 90’s, tu crois que chez Toy on a envie de se reprendre une sodomie financière à sec ? Juste pour faire plaisir à ceux qui vont se plaindre mais dans tous les cas, ne la mettront jamais dans leur garage ?! Partir d’une base existante a simplement permis de limiter les couts de développement et de proposer une caisse sympa, sportive et efficace pour un ticket d’entrée autour des 66000 €. Tout ça, ça s’est traduit par plus de 5000 GR Supra vendues en Europe… pour un peu plus de 60 en France (plombées par la taxe CO2, il faut le reconnaitre). Pari gagné, malgré les théories des puristes. Et pour enfoncer le clou… en 2016 Honda faisait la même avec sa NSX. Sauf que là, elle était produite 100% maison… sauf qu’en 92, quand il te fallait débourser autour de 75000 €  pour en acheter une (120000 € en prenant en compte l’inflation); en 2016, c’était plus de 180000 €… (200000 € si tu rajoutais le malus) mais les puristes étaient contents. Mais quand Honda vendait 1500 NSX en Europe de 90 à 2005 (dont 130 en France), la 2ème génération, « vraie » Honda (c’est important) mais quasiment deux fois plus chère, s’est vendue à 218 exemplaires en Europe pour seulement 20 en France… j’vous laisse réfléchir à tout ça et exposer vos « oui mais » en commentaire, je reviens à l’Alfasud…

 

L’Alfasud, cauchemar des Alfistes, mais record de ventes !

Oui, tout ça pour expliquer que parfois, un constructeur, au risque de décevoir ses fan-atiques, se doit de jouer sa survie. D’où l’Alfasud. Les berlines sportives c’était bien. Mais à la fin des 60’s, ça ne suffisait plus pour remplir les caisses. Alors chez Alfa, on a pris le pari d’une compacte accessible, qui allait inaugurer la traction avant chez le constructeur. Raaaaah, au bucher ! Enfin pas vraiment… les ingénieurs y ont mis tout leur savoir faire et développer un original 4 cylindres Boxer histoire de baisser le centre de gravité. Avec 5 cylindrées différentes (1.2 l à 1.7 l) pour un panel de 63 à 118 ch, tout le monde y trouve son compte. Enfin, si le McPherson à l’avant et le rigide à l’arrière peuvent rendre sceptique, l’Alfasud affiche un compromis confort / efficacité qui va en faire l’une des références de sa catégorie. Associez y une bouille sympathique signée Giorgietto Giugiaro et ça va se solder par 952000 exemplaires écoulés en 12 ans de carrière (72 – 84). Un record pour la marque, que seule l’Alfa 33 réussira à battre. Mais ceci est une autre histoire…

 

Du caractère et d’la rouille !

Celle que je vous ai trouvée est une 1.2 de 79. L’entrée de gamme avec une boite 4 et 3 portes (elle existait aussi en 5 portes) pour 900 kg. Et comme chez Alfa on sait faire des moteurs volontaires, ses 63 ch ne feront pas de miracle… mais si ça reste amusant de jouer avec la zone rouge perchée à 6000 trs. C’est ce qui va lui arriver jusqu’au début des 90’s. Si l’Alfasud a su trouver ses adeptes, avec dans le lot des Alfistes finalement séduits par son caractère et son efficacité, faut dire qu’elle n’était pas dénuée de défauts… une finition et une qualité digne de Wish, et la tôle de sa carrosserie qui avait la sale habitude de rouiller à la moindre averse… n’en déplaise à Julien, mais le cliché des Alfa qui rouillent, on le doit surtout à l’Alfasud !

 

Sauvée par le sport auto

Du coup, dans les 90’s, une grosse partie des Alfasud roulantes, était bien moins reluisante… et la mode des youngtimers était encore loin de voir le jour histoire de leur donner un soupçon d’attrait. Pour les sauver, il restait que les vrais amoureux du modèles ou… le sport auto. C’est ce qui va sauver la nôtre (enfin, on s’comprend !).

 

Boxer 4 Green Cloverleaf

En 90, elle est confiée à BLS (Benalfa Lincolnshire Services) un spécialiste anglais de la marque au Biscione, elle va être virilisée sans pour autant bafouer l’esprit originel. Bien conservée, la caisse est d’origine, habillée d’un kit TI avec extensions d’ailes, lèvre avant, un discret becquet et les double optiques. Sous le capot, exit le 1.2 l pour y glisser à la place un 1.5 l Green Cloverleaf, à savoir le 105 ch qui gagne des carbus un peu plus gourmands avec filtres K&N. Il est associé à une boite 5 avec volant moteur allégé et embrayage renforcé.

 

L’essentiel

Niveau grip, ils vont se contenter de poser voies élargies, des amortos Koni et un set de BBS en 13″ enrobés de Yokohama Advan A048 de 185/60 qui négocient avec le bitume. Dans l’habitacle, c’est vide… et bleu. Enfin une fois encore, ça se contente de l’essentiel. Un seul baquet, un Ridgard avec harnais Willans. Coupe circuit, extincteur, arceau, réservoir externe à l’arrière, à la place de la roue de secours. La console centrale a disparu et on note le gros feu antibrouillard qui fait office de shift light.

 

Tout pour le plaisir

Après plusieurs saisons dans le Chris Knott Alfa Romeo Championship, elle prend sa retraite et se retrouve entreposée au sec, bien à l’abri au fond d’un hangar. Oui, avec ce genre de voiture, ces détails ont leur importance. En 2020, elle est ressortie de son profond sommeil et remise en route pour participer à des courses historiques. Aujourd’hui, elle ne recherche plus forcément les victoires et se contente simplement de donner du plaisir à son pilote !

 

 

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