La culture hot rod a vu le jour à la fin des années 30. Les jeunes ricains allaient commencer par modifier, swapper et vider les Ford T, A et B afin d’aller s’affronter sur un bout de ligne droite. Le phénomène va s’amplifier et donner naissance au dragster et autres records de vitesses où chacun y allait de son engin trafiqué dans son garage. A ce jeu là, Les Chrisman brothers vont devenir la référence et leur Coupé Bonneville de 54 entrer dans la légende !

Concours de kékette
Y’a pas à tortiller, mais quand tu modifies une caisse, le seul moyen d’aller voir c’qu’elle a dans les pistons, c’est d’aller la confronter aux autres. Qu’on soit amateur ou pro, c’est tout l’histoire de la course auto. Que ce soit sur une circuit, une ligne droite, une spéciale, en étant le plus rapide, en vitesse pure ou contre le chrono, il faut finir devant les autres. Le concours de kékette, c’est dans l’ADN du sexe masculin… on préfère presque y laisser sa peau plutôt que sa dignité ou sa réputation ! En même temps, la vitesse a toujours fait rêver l’homme. Certains s’en sont même faits une spécialité en allant chercher à battre les différents records et devenir des héros. Sur terre, dans les airs, sur la mer, tout était bon pour chercher à aller plus vite que les autres. La voiture n’y a pas échappé, bien au contraire.
Tout pour la vitesse
Comme je le disais en intro, les hot rod ont vu le jour dans les années 30. Les jeunes américains modifiaient les caisses de leurs pères en y rajoutant des chevaux d’un côté et en y enlevant du poids de l’autre en virant les ailes, les capots… les trains roulants étaient revus, les réservoirs plus petits et les moteurs éventuellement swappés afin d’aller se confronter à leurs rivaux sur des bouts de lignes droites. Dans les années 40, cette tendance allait donner naissance au dragster. Et pour aller toujours plus vite, le lac salé de Bonneville, qui se voulait être déjà le théatre de certains records, devenir le haut lieu des amateurs de vitesse, tous les amateurs… du pilote averti, au bricolo du sunday !
Chrisman and Sons Garage
A ce jeu là, il y a deux frangins qui vont semer la terreur sur tous les dragstrips de la côte ouest. Les Chrisman Brothers, Art et Lloyd, vont s’associer à leur père à la fin des années 40 et ouvrir un speed shop du côté de Compton, dans la banlieue de L.A. Le Chrisman and Sons Garage se fait rapidement un nom grâce à N°25… un lakester des années 30 qu’ils vont revoir pour en faire un missile capable de poutrer tout c’qu’il croise et d’accrocher les 190 km/h sur un 400 m ! Ils sortent également un coupé Ford 34 qui va atteindre 225 km/h à Bonneville.
Coupé Bonneville
En 53, alors qu’ils se sont faits une sacrée réputation dans le milieu des courses d’accélération et des records de vitesse, ils décident de développer leur propre voiture, un coupé Bonneville. Mais plutôt que de partir d’un châssis existant, ils vont assembler un treillis tubulaire étudié pour recevoir facilement et rapidement un ensemble V8 / boite / pont en position centrale arrière. Installé à quelques centimètres, le pilote se contente de l’essentiel, un siège (tendu de cuir marron), une ceinture ventrale, un extincteur, un volant, les pédales, le levier de vitesse et quelques manos pour veiller au régime moteur, à la pression d’huile et à la température de l’eau. L’essieu avant et ses suspensions à lames avait été empruntés à une Ford 38 avant d’être revus et corrigés. L’arrière adoptait un pont rigide suspendu avec barres de traction et lames transversales. La boite Halibrand, solide et rapide, avait l’avantage de s’adapter rapidement sur la majorité des moteurs sélectionnés par les frangins. Le différentiel était soudé. Pour le freinage, seul l’arrière était équipé de tambours commandés par une tirette manuelle installée sur la planche de bord en alu… oui, à l’époque tu mourrais comme un daron ! L’avant recevait un jerrican de 19 litres (5 gallons) de liquide de refroidissement. L’ensemble était enfin habillé d’une coque chopée et surplombée d’une prise d’air pour alimenter le V8 alors que le capot était parsemé d’évents afin de laisser échapper les calories. Enfin, une robe marron agrémentée d’un pintstriping signé par le maitre en la matière, Kenneth Howard… plus connu sous le surnom de Von Dutch.
Collection de records
Les frangins vont se pointer à Bonneville en 53 avec leur coupé « maison » et trois blocs Ford largement préparés. Avec le premier, un Mercury 304 ci, ils battent le record de la catégorie C avec 263,45 km/h… même si le bloc explose lors du retour à cause d’un excès de nitro ! Peu importe, la voiture a été prévue pour ça. Vite fait bien fait, ils le remplacent par un V8 flathead Ford Ardun… et là, c’est la catégorie B qui tombe en signant un 257,87 km/h. Après avoir fait la couverture du réputé Hot Rod Magazine avec « Le coupé le plus fantastique » en guise de titre, les frangins retournent à Bonneville avec un lot de blocs Hemi. Ils reviendront à nouveau avec les records catégories A et B en ayant dépassé les 290 km/h dans chacune d’entre elles. En 55, il fait sa dernière apparition à Bonneville et en profite pour accrocher le record de la nouvelle catégorie C avec un retentissant 315 km/h !
Une Icône
Au début des années 60, le coupé est racheté par George Barris. Il le repeint en blanc nacré, y colle des roues Halibrand à l’arrière, des jantes à rayons à l’avant et des portes papillon pour en faire l’une des stars d’une série télé (The Many Loves of Dobie Gillis). Elle finit dans une exposition régionale avant d’être finalement rachetée par Art Chrisman qui va la restaurer comme il l’avait construite avec son frangin en 53. En 2001, elle inaugure la nouvelle catégorie « Coupés Hot Rods de légende » du concours de Pebble Beach, aux côtés du coupé 2D des frères Pierson, du coupé So-Cal Speed Shop et du coupé dragster Mooneyham and Sharp 554. C’est ce qu’on appelle une Icône ! Et pour ma part, va falloir faire des recherches pour de futurs articles…
















































