’90 Jaguar XJR-S Monaco by PBB Design – Même les footballeurs partent à la retraite !
par Thierry Houzé | 25 août 2026 | Street |
J’sais pas vous, mais moi, à chaque fois que j’croise une Jaguar XJR-S, c’est tout le temps un retraité à la peau cuite par le soleil azuréen qui en tient le volant. Moi j’appelle ça le déplaçoir idéal du retraité tranquille. Ni trop, ni pas assez. Le gars qui s’est fait chier une bonne partie de sa life pour s’offrir une retraite pépouze, et qui en profite… sans en faire trop, tout le contraire d’un footballeur. Sauf qu’avec la XJR-S Monaco de PBB Design, c’est parce que les footballeurs aussi prennent leur retraite !

Caisson temporel
T’as des caisses comme ça, elles se contentent d’en offrir beaucoup sans pour autant tomber dans le bling bling à outrance. La Porsche 928, la Mercedes SL R129, la Ferrari Mondial, la Maserati 3200 GT… et la Jaguar XJS. On les considère limite ringardes… mais une fois glissé derrière le volant, le charme opère et on se sent quand même vachement isolé du monde un peu bizarre qui nous entoure. Des sortes de caissons temporels, ex-gloire du passé dont elles ont su garder le charme et un caractère décalé qui finalement, leur a plutôt bien fait traverser les générations. Des engins qui sont restés dans l’être et qui s’en battent un peu les pistons du paraitre. Faut pas les juger, juste prendre le temps de les redécouvrir et apprendre à les connaitre en acceptant leurs défauts. Putain c’est beau c’que j’écris !
Jaguar XJS
La Jaguar XJS c’est presque le paroxysme de cette philosophie. Elle vient d’une époque où Jaguar continuait d’écrire son histoire à travers le luxe et le sport. En même temps, elle est née en 75 avec le challenge le plus ardu qu’il soit… remplacer sa Sainteté Type E. Pas évident… d’autant plus que pour survivre, fallait aller séduire le maximum de clients potentiels. La dure loi du marché ! Et à ce moment là, le client qu’il fallait conquérir, il était de l’autre côté de l’Atlantique, en train de chialer sur la disparition des muscle cars.
XJR-S… signée TWR
Ce sera une GT… la Jaguar XJS va sombrer dans le luxe en sacrifiant quasiment toute notion de sport. La ligne est séduisant, l’habitacle flatteur, et si la voiture sait se montrer rapide et performante, oubliez le sport pur et dur. De toute façon, comme sa frangine, on n’va pas forcément l’acheter pour se la jouer Time Attack ou sortir le grand jeu dans le col du Turini. Et encore… une fois vidée, arceautée et pompelupisée, elle dévoilera un potentiel qui en surprendra plus d’un ! Il n’empêche que pour montrer au monde entier que la XJS pouvait montrer les crocs, Group 44 et TWR allaient se charger de la faire courir sur le sol américain pour le 1er et en Europe pour le 2nd. Et pour fêter ses victoires, mais aussi celles de la XJR 9 LM aux 24h du Mans en 88, la marque dévoile la XJR-S, développée par Jaguar Sport, structure distincte détenue conjointement par Jaguar et TWR. En même temps il fallait un écrin pour le V12 HE de 5.3 l développant 315 ch et 464 Nm. Pour les passer au sol, le gros coupé adopte des ailes un chouill’ plus larges, des jantes spécifiques en 15″ enrobées de Pirelli P600 de 235/60, une suspension signée Bilstein, plus raide et plus basse. L’habitacle passait en mode full option avec cuir Connolly Autolux et finition en ronce de noyer. Un peu plus de sport…ok ! Mais toujours avec des arbres et des vachettes ! Enfin du sport… entre les 1800 kg et la boitoto GM Turbo Hydra-Matic 400 à 3 vitesses, c’est surtout sur la file de gauche que la XJR-S se la jouait véner. Elle passait les 100 km/h en 7 secondes, se chargeait du kilomètre en 27 et filait, pied tôle, à 256 max.
Passage en 6.0 l
En septembre 89, elle passe en Ph2. Le V12 qui affiche maintenant 6.0 l est gavé par une injection et une gestion Zytek. Il envoie désormais 333 ch et 495 Nm aux roues arrière, mais toujours via la même boitoto 3, si ce n’est qu’elle a été recalibrée pour offrir des passages de rapports plus rapides puis associée à un DGL. Aux quatre coins, les jantes Speedline s’affichent en 16″, chaussées de Dunlop D40 en 225/50 et 245/45. Si les chronos n’évoluaient quasiment pas, la grosse XJR-S affichait un comportement plus dynamique. Lors d’un comparatif réalisé par Motorsport en 97, elle réussira à avoir raison de ses rivales directes, BMW 850i, Porsche 928 GT et Ferrari Mondial 3.2 l…!
Et les footballeurs alors ?!
Vous comprenez l’allusion au retraité… en réalité, la Jaguar XJR-S c’était l’engin idéal pour viser les 6 heures sur le désormais célèbre Paris – Cannes nocturne, rivé sur la file de gauche, en comptant les 2 pleins pour ravitailler les 12 gamelles qui, en pleine charge, engouffraient quand même plus de 25 l au 100 ! Le déplaçoir favori du mec en place mais qui sait se la jouer discret. C’est quand même la force d’une Jag’… ça flatte l’égo sans faire de toi un candidat au ballon d’or ! C’est peut être aussi pour ça que les Jaguar décotent et se ringardisent aussi vite. Alors ça permet de se faire plaisir, de calmer ceux qui voient toujours l’abondance de la marque anglaise, mais sans se coltiner un contrôle fiscal. Enfin, ça c’est pour ceux qui savent se contenter de l’origine… oui parce qu’il y en a toujours qui en veulent plus…
Heureusement, il y a PBB Design
Voilà de quoi rassurer les footballeurs car à ce jeu là, y’avait Koenig, Lynx, Lister et Arden… mais aussi PBB Design. En effet, l’atelier anglais situé à Bristol et fondé par Paul Bailey un ancien ingénieur de l’aérospatiale, se chargeait d’optimiser le coupé anglais mais pas que. L’équipe de PBB relookait l’engin en l’habillant d’un kit en fibre comprenant une nouvelle face avant avec lèvre pulpeuse, des ailes XXL, un nouveau capot, des bas de caisse bien aérés, un pare choc arrière et un aileron plutôt soft quand on voit le reste. Moins visible, on comptait également une nouvelle suspension, un freinage upgradé et des jantes Compomotive 3 parties en 17″ qui se chargeaient de remplir les nouvelles ailes. Dans l’habitacle, le traitement se la jouait sur mesure. Tu veux, tu payes, tu as. Sellerie spécifique, sono de Wembley, ou volant Personal Monza comme ici où le programme est resté soft, et c’est bien. La dotation d’origine Jaguar a déjà de quoi combler les plus difficiles.
Option Rob Beere Racing !
Pour les plus exigeants, notamment ceux qui en voulaient plus sous l’capot, PBB Design proposait d’aller s’faire voir chez Rob Beere Racing, toujours du côté de Bristol, qui pouvait équiper le V12 d’un kit 7.3 l développant 550 ch en mode « route » mais capable de grimper à 700 ch et 800 Nm pour la course. Les footballeurs étaient comblés !
La reine de Monaco
Concernant la PBB, elle était baptisée Monaco… et l’affichait avec un logo posé à l’arrière, réalisé sur une plaque en chrome massif avec lettres en or… histoire de faire comprendre à celui qui tentait de la suivre, qu’il n’avait pas à faire à un prof de français en vacance sur la côte. D’ailleurs le nom de Monaco était volontairement choisi lui aussi pour passer un message. Si les XJS et XJR-S d’origine avaient du mal à se faire remarquer sur les parkings monégasques une fois garées à côté des Ferrari, Aston ou autres Lamborghini, ce n’était pas le cas de la Jaguar XJR-S Monaco, qui devenait la star. On va les croire… Quoiqu’il en soit, PBB Design assemblera 12 Jaguar XJR-S Monaco dont apparemment, la moitié de la prod aura été destinée au Sultan de Bruneï. Par contre, si vous vous demandiez où Geoff Lawson a trouvé son inspiration pour dessiner la XK8 qui poussera la XJS à la retraite, on doit avoir une partie de la réponse maintenant…