Beaucoup pensent que la Ford Mustang Shelby GT500 CR signée Classic Recreations, c’est l’Eleanor de Menphis Raines. Oui… mais non. Enfin pas exactement. Entre ses origines, l’histoire de ceux qui l’ont imaginée, une sombre histoire de droits, les répliques officielles et non officielles et le meurtre d’un écureuil enragé, on tient là une histoire digne du scénario Netflix que je vais tenter de vous raconter !

 

'68 Ford Mustang Shelby GT500 CR - Fausse Eleanor mais vraie Shelby... 1

 

Gone in 60 Seconds

Tout commence à la fin des 90’s avec le projet du remake de Gone in 60 Seconds (La Grande Casse en français) sorti sur les écrans en 74. Devenu 60 Secondes Chrono en 2000, la star du film n’est pas Nicolas Cage… nan ! C’est une Ford Mustang Shelby GT500 appelée Eleanor. Pour le film, le producteur Jerry Bruckheimer, veut une GT500 unique… un truc qui déchire sa race et que les spectateurs ne seront pas prêts d’oublier. C’est avec ce cahier des charges qu’il se pointe chez Steve Stanford, le célèbre dessinateur américain dont les illustrations hyper détaillées de hot rod et custom inspirent autant qu’elles font rêver les fans de outlaw depuis le début des 80’s. Une fois le dessin validé, Bruckheimer va confier la mission de lui donner vie à un certain Chip Foose. Designer de formation et artiste de la tôle, il va peaufiner les lignes imaginées par Stanford, lisser certains détails, créer les jantes Schmidt en 17″ et assembler le 1er proto qui rejoindra ensuite les ateliers de Cinema Vehicle Services qui se chargera de fabriquer les différentes voitures pour le tournage du film.

 

Eleanor

Le film est un succès… on peut se demander si la mode du Restomod, ce n’est pas Eleanor qui va la lancer. En tout cas, après son apparition, la tendance s’est amplifiée et les amateurs fortunés veulent avoir leur Eleanor. Shelby saisit l’opportunité. Il s’associe d’abord à Unique Performance. Spécialisé dans la fabrication de réplique officielle de GT500, le sous traitant s’avère surtout être un escroc… il prend des acomptes mais ne livre pas les voitures avant que le procureur du comté de Dallas n’arrête son propriétaire, Doug Hasty.

 

Classic Recreations

Shelby change alors rapidement de braquet et s’oriente vers Classic Recreations. La société est sérieuse, possède une excellente notoriété et pour ne rien gâcher, réalise des voitures d’une qualité exceptionnelle. Le business peut enfin démarrer. Shelby leur donne la licence et les répliques d’Eleanor commencent à voir le jour… mais l’histoire sera une fois de plus de courte durée car Denice Halicki, la veuve d’Henry Blight Halicki le réalisateur et acteur principal du film original de 74, est propriétaire des droits du nom Eleanor. Elle dégaine les avocats et le procès en 60 secondes ! Un procès qui durera 14 ans et se soldera en 2022 par un non lieu pour Shelby, 10 ans après la disparition de Carroll.

 

Shelby GT500 CR pour contourner les droits

Quoiqu’il en soit, pour contourner les règles et les droits, la réplique de Classic Recreations ne s’appellera pas Eleanor mais Shelby GT500 CR… c’est l’une d’elles qui défile sous vos yeux. Enfin, à la base, c’est une Mustang C Code de 68 animée par le V8 289 ci. Bon, l’équipe de CR va en faire une vraie Shelby puisqu’elles sont validées et officialisées par la maison mère ! En même temps, pour en faire une GT500 CR, ils se contentent de garder une partie du châssis et quelques éléments. La coque ? Même pas puisqu’elle est fournie par Speedkore Performance et s’affiche maintenant en carbone habillé du kit GT500 en fibre. On retrouve la collection de prises d’air, les désormais célèbres longues portées dans la calandre, la trappe à essence racing, les rétros obus, les sorties d’échappement en side-pipes intégrées dans les bas de caisse, et si la robe Pepper Grey est au rendez vous, pour les bandes c’est du carbone apparent. Cette GT500 CR est violence esthétique assumée… qui ne s’arrête pas qu’à l’apparence.

 

Grip obligatoire

Dessous, c’est tout aussi sérieux. Bien entendu, quasiment rien n’a été conservé de la Mustang originelle. Le châssis d’origine renforcé accueille deux ensembles avant et arrière de chez Rod & Custom qui rendraient jaloux une supercar moderne. Tout c’qui peut l’être est rotulé et passé en silent blocs en polyuréthane. La direction assistée à crémaillère est maintenant aussi précise que directe. Les suspensions sont indépendantes aux quatre coins avec double triangulation à l’avant et pont Ford arrière suspendu par du multibras 4 links, barres antiroulis et le tout maintenu par des combinés filetés réglables. Le freinage est signé Wilwood avec étriers 6 pistons devant et 4 à l’arrière pour mordre des disques percés en 12″. Devant on retrouve des jantes Forgeline en 18″ enrobées de Michelin Pilot Sport de 225/40 et 315/30.

 

V8 427 ci pour 900 ch !

Tout ça pour encaisser et passer les watts déversées par les 8 gamelles qui se cachent sous le capot… en l’occurrence un V8 427 ci (7.0 l) entièrement reconstruit et équipé d’une injection électronique Holley sur rampes Edelbrock avec allumage MSD. Il est dopé par un compresseur Procharger avec échangeur. Le refroidissement est confié à un gros radia alu avec double ventilo déclenchable si besoin depuis l’habitacle. 900 ch déboulent aux roues arrière via une boite 6 manu Tremec avec DGL. Tout c’qu’il faut pour torturer les gommes !

 

Classe, mais viril

Dans le cockpit, c’est le même traitement. Classe, mais viril. On tombe sur deux baquets SCAT Rally Series 1000 tendus de cuir noir avec harnais RJS Racing attachés à un 1/2 arceau qui rend la banquette ubuesque ! Le tableau de bord a été refait, équipé de manos Classic Instruments, d’une clim Old Air Products et d’une discrète sono Kenwood avec amplis, HP et caisson Focal. La console centrale sur mesure embarque un accoudoir central. Un volant bois, un pommeau « boule » blanc, un pédalier alu et l’ambiance vintage est respectée avec c’qu’il faut pour se la jouer moderne sans s’encombrer. P’tit détail qu’on commence à voir fleurir sur beaucoup de projets restomod, les commandes de vitres élec qui reprennent le look des manivelles.

 

Marquer les esprits…

La Mustang, c’est déjà un pan de l’histoire automobilistique… la Shleby GT500, elle lui rajoute une grosse couche pour en faire une icône. Cette Eleanor Replica de Classic Recreations, la GT500 CR, elle en a fait une des légendes du restomod. Rappelez vous le début de cet article, « Jerry Bruckheimer, veut une GT500 unique… un truc qui déchire sa race et que les spectateurs ne seront pas prêts d’oublier »… il faut croire qu’il a réussi son pari puisque plus de 25 ans après la sortie du film, « son » Eleanor a marqué définitivement les esprits !

 

 

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