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La Jaguar MkV n’a pas eu de chance. Le jour de sa présentation au salon de Londres, elle doit se faire une place face à la XK120. Forcément, à côté du sculptural roadster, quasiment personne ne remarque la berline. Alors aujourd’hui, elle va prendre sa revanche et passer en mode custom. Si vous ne la connaissiez pas, je peux vous garantir que si vous allez plus loin, vous n’allez plus l’oublier !

Avant la 2ème guerre mondiale, on les appelait SS Cars. Après la guerre, elles sont devenues des Jaguar. En 45 la gamme se compose des berlines SS Cars rebaptisées en Jaguar MkIV. Il faut attendre 1948 pour voir débarquer les deux premières voitures développées sous le nom de Jaguar, la XK120 et la MkV.

Si le roadster va marquer les esprits en affichant son sex appeal, son ADN sportif et son tout nouveau 6 en ligne XK de 160 ch, pour la MkV, il faut se contenter des 6 cylindres 2,5 l et 3,5 l (104 et 126 ch) de la MkIV fournis par la Standard Motor Company à SS Cars bien avant la guerre. Au niveau du look, c’est pareil. Elle reprend le dessin de la MkIV, légèrement revu avec des ailes à ponton, une calandre chromée verticale… pas de révolution en soit. Par contre, niveau châssis, les ingénieurs de chez Jaguar s’étaient un peu plus lâchés surtout sur le train avant qui comptait sur une double triangulation maintenue par des suspensions indépendantes avec barre de torsion et freinage hydraulique.

Même si la MkV ne revendiquait absolument rien de sportif, elle allait trouver son public et s’écouler à 10499 exemplaires (en berline et en drophead coupé) en seulement 3 années de carrière.

Eh bien tout ça c’est cool, mais celle qui s’tortille devant vous, une Jag’ MkV de 1950, vendue neuve aux USA et retrouvée dans un sale état au fond d’un terrain vague, elle a fait un gros fuck à tout ça ! Si le drophead (cabriolet) commence à prendre la côte, la berline (saloon) reste encore dans l’ombre de ses illustres remplaçantes MkII et Type E en tête. Du coup, une restau complète risquait largement de dépasser la côte de la voiture. Sauf qu’aux States, on est au pays où le custom et les hot rod sont élevés au rang de religion. Et quand transformer et swapper n’est pas gâcher, alors on peut s’lâcher !

Du coup, notre anglaise est devenue la seule et unique MkV coupé à portes suicides. Tout a été repensé et modernisé. Le châssis a été réalisé sur mesure, et tout le train avant a été emprunté à une Mustang 2 avant d’être chromé ou poli. La direction est moderne et assistée, les suspensions sont confiées à des airbags Airlift et le freinage est maintenant à disques. L’ensemble est posé sur des jantes chromées en 19″, réalisées elles aussi sur mesure, et reprenant le dessin des jantes originelles.

La caisse a été refaite, modifiée, choppée, lissée, débarrassée des pare-chocs avant, équipée de petits feux arrière… et habillée d’une robe biton métallisée en haut et satinée en haut. Les photos parlent d’elles mêmes, c’est classe et ça claque. Et c’est pareil dans l’habitacle, signé du spécialiste Ron Mangus. Un véritable cocon avec sièges et vitres élec, clim, direction assistée, sono à vous faire saigner les tympans, un tableau de bord de Buick 1950 rhabillé comme il se doit, le tout tendu de cuir et de chrome, de quoi rendre jalouse la première Bentley qui passe !

Paisiblement installé, le « pilote » et ses passagers – puisque la MkV, bien que passée en coupé, a conservé sa banquette arrière – profitent de l’allonge d’un V8 Chevy de 350 ci entièrement chromé, passé à l’injection, avec admission par papillons et libéré via une ligne complète inox sur mesure. Il baigne dans un shaved bay exemplaire.

Pas de puissance annoncée… si ce n’est de quoi faire fumer les boudins arrière ou s’taper un petit 400 m, même si dans ce genre d’engin, la route de déguste en mode cruising, le coude à la portière…

© Mecum