Alors qu’il a raccroché le casque et qu’il a lancé sa p’tite entreprise qui ne connait pas forcément la crise, Carroll Shelby en a marre de voir Ferrari et ses 250 GTO truster les podiums. Pour lui, une voiture américaine était largement capable d’en faire de même et il avait bien l’intention d’aller le montrer à tout le monde mais surtout à Enzo. C’est souvent ainsi que commencent les belles histoires. Mais surtout, c’est comme cela qu’est née la Shelby Cobra Daytona !

 

'65 Shelby Cobra Daytona Coupé… Le rêve américain ! 1

 

Battre Ferrari

S’il faut gagner des courses, la Shelby Cobra fait plutôt bien le taf. Si ce n’est qu’elle ont l’aéro d’un parpaing ! Sur les courses sprint en national où la puissance fait la différence, elles peuvent jouer la gagne. Mais en international, avec le fine fleur de la catégorie, c’est une autre histoire… pendant que les Ferrari accrochaient plus de 290 km/h dans les Hunaudières, les Cobra les plus puissantes devaient se contenter de 250 km/h. Et ça, c’est problématique… et Carroll le sait. Alors il va réunir ses deux ingénieurs Pete Brock et Bob Negstad. Le premier va être en charge de dessiner une caisse plus aérodynamique. Le second va devoir lui offrir un train avant avec une suspension digne de ce nom. Il donnera naissance à une double triangulation avec avec amortos et ressorts hélicoïdaux.

 

CSX2287

C’est un Pete Brock inspiré qui va commencer par tracer un profil… directement sur le sol du garage de Shelby America. Puis, il récupère le roadster accidenté aux 24 Heures du Mans 1963 et commence par lui retirer la coque endommagée. Puis, il revoit l’installation du siège et du volant. Il demande alors à Ken Miles de s’y « installer » et conçoit un pare-brise à partir de chutes et bois et de ruban adhésif, afin d’en déterminer son inclinaison. Il va ensuite utiliser des gabarits en bois pour en faire de guides et façonne une coque en aluminium. Il conserve le V8 289 ci de 385 ch et 480 Nm, associé à une boite 4 manuelle BorgWarner T10 avec autobloqu’ Salisbury. Une fois le 1er châssis assemblé, le CSX2287, il est aussitôt testé par Miles sur le circuit de Riverside où, au bout de la ligne droite de 1,6 km, il accroche 299 km/h. Pari gagné ? Non. Miles trouvait la direction trop légère à partir de 260 avec le sentiment que l’avant décollait ! Après 30 jours de développement, de réglages, de modifications, Miles finit par valider la voiture qui est maintenant capable de passer la barre des 310 !

 

Tout commence à Daytona

Pour sa 1ère course en février 64 sur le Speedway de Daytona, la CSX2287 offre la pole position à Dave MacDonald. Le mois suivant, elle remporte la catégorie GT des 12h de Sebring et la 4ème place au général…. derrière 3 Ferrari ! En juin, elles sont deux au départ des 24h du Mans. Au terme des 2 tours d’horloge, elle réédite l’exploit de Sebring avec une 4ème place au général derrière 3 Ferrari 275P et 330P, mais s’octroie la catégorie GT devant une armada de 250 GTO et de Porsche 904/4 GTS. La saison 64 se termine avec une nouvelle victoire au Tourist Trophy…

 

Championne du Monde GT

L’année suivante, même si Carroll Shelby a basculé sur le projet de la Ford GT40, ça n’empêche pas son équipe de dérouler ! La Daytona écrase la catégorie GT aux 12h de Sebring, 24h du Mans, GP d’Italie à Monza, celui d’Allemagne sur le Nürburgring, le GP de France à Reims, et les 24h d’Enna Pergusa (en Sicile). Elle finit la saison avec le titre au championnat du monde des constructeurs en GT et, pour compléter le tableau, 23 records de vitesse à Bonneville ! Autant dire que la Shelby Daytona va marquer les esprits…

 

Secret Weapon

Seulement 6 Daytona sortirent des ateliers de Shelby en 64 et 65. Enfin 5 1/2 car le châssis CSX2286 assemblé spécialement pour Le Mans 64 n’y a jamais participé. En fait, ce châssis a servi de base à la fameuse Secret Weapon. Si la Daytona embarquait le V8 Ford de 289 ci, Shelby voulait en faire une version avec le 427 ci. Ce sera le rôle de CSX2286, si ce n’est qu’entre le manque de temps de Carroll, occupé par la GT40 et des souci de conception, elle ne verra jamais le jour… du moins pas avant 2015 où Shelby va produire sa série Continuation des Daytona et Secret Weapon.

 

Continuation…

Celle qui illustre cette article est l’une d’elles. Construite à l’identique et reprenant la suite des N° de série. Bien sûr, elles n’ont ni le pedigree, ni le palmarès de leurs illustres ainées. Mais l’ADN est là… une hommage à l’une des voitures de course les plus mythiques des 60’s.

 

 

© RM Sotheby’s