Le monde des supercars et des hypercars, c’est celui des caisses qui s’affichent à plus de 7 chiffres, des fiches techniques tout droit venues d’une mission de la NASA, des perfs capables de dézinguer une nuque et des vmax pouvant faire fondre une radar… oui, ce monde là est surtout une monde sans aucune pitié, c’est champagne et caviar ou la mort, y’a pas de juste milieu. Allez demander à la Brabham BT62R ce qu’elle en pense…

 

Brabham BT62 et BT62R - Come back remarqué pour carrière compliquée ! 1

 

Jack Brabham

En 2018, elle défrayait la chronique. Enfin je crois… déjà en faisant renaitre le nom de Brabham, celui de Jack Brabham, pilote australien, triple champion du Monde de F1 (59, 60 et 66), cofondateur de Brabham Racing Organisation qui remportera 2 doublés constructeur / pilote en 66 (Jack Brabham devient alors le seul pilote a avoir remporté le titre sur une de ses propres voitures) et 67 avec Denny Hulme. Autant dire que l’initiative portée par David Brabham, avait de la gueule mais surtout de quoi séduire les adaptes du sport auto.

 

70 pistardes

Mais, fallait il encore que le projet soit crédible… et il l’était. 70 voitures étaient prévues, des Brabham BT62, réservées à la piste. Le châssis repose sur une structure métallique habillée de passage de roues en kevlar et d’une carrosserie en carbone au dessin viril… qu’un kit aéro proposé en option peut rendre encore plus méchant. Derrière le cockpit, un V8 atmo 5.4 l, le Ford Modular qui équipait notamment la Mustang SVT Cobra R… y’a plus moderne, mais au moins, il est fiable et robuste. D’autant plus qu’il est revu et corrigé du vilo aux arbres à cames, gavé par une injection directe, équipé de culasses 32 soupapes pour finir par afficher 691 ch perchés à 7400 trs et 667 Nm disponibles 1200 trs plus bas. L’ensemble part aux roues arrière via une boite 6 séquentielle Holinger avec autobloqu’…

 

691 ch pour 972 kg

Sachant que la BT62 se contente de 972 kg – j’aurai dû rajouter « seulement » 972 kg – et qu’en vrac, elle offre 1200 kg d’appui (avec le kit aéro), est maintenue par des suspensions Öhlins à poussoirs et réglables en 3D et en dureté, de barres antiroulis réglables elles aussi et d’un freinage Brembo avec étriers 6 pistons pour mordre des disques carbone céramique cachés derrière des jantes full carbone de 18″ à fixation centrale et enrobées de slicks Michelin. Dedans, c’est dépouillé… et ça répond aux normes FIA. C’est ambiance carbone, alcantara, baquets avec harnais 6 points, extincteur, pédalier réglable, volant snap off et dashboard numérique de 12″.

 

BT62R… pour la route

Brabham va rester aussi discret sur les chiffres de vente que sur ceux des perfs de la voiture… On annonce pourtant que les 35 premières voitures arboreront les couleurs des 35 F1 victorieuses en GP. Les 35 suivantes bénéficieront d’un programme de personnalisation. Vendue plus d’1,2 millions d’€ le morceau, le tarif inclut un programme d’accompagnement et de coaching « pilote » afin de permettre à chaque proprio d’exploiter sa machine. Puis Brabham va y associer une option permettant d’homologuer sa BT62 pour la route. Pour cela, la voiture transite par l’Angleterre afin de devenir BT62R. Elle y est modifiée, homologuée à titre indépendant et immatriculée… sur le sol anglais exclusivement. Ouais, il te faut louer un manoir dans les Midlands, ou au moins une boite aux lettres à Poudlard ! En tout cas, elle peut alors rouler à condition de la rapatrier une fois par an chez Brabham en Angleterre afin de pouvoir faire la révision… bon, y’a un peu de contraintes. Mais quand tu débourses plus d’1 million, t’es pas à ça près !

 

GT4 et GT2

Deux Brabham BT62 vont être homologuées en GT4. La 1ère va participer à dernière course du championnat Britcar Endurance 2019 où elle fera une entrée fracassante en raflant la pôle et la victoire dans sa 1ère course. Engagée pour la saison 2020, elle n’y mettra cependant pas les roues pour cause de la pandémie puisque l’équipe qui l’engageait était basée en Australie. A la place, elle fera une pige en South Island Endurance Series en Nouvelle-Zélande sur le circuit de Euromarque Motorsport Park. mais elle perdra la roue arrière droite au 2ème tour. Le temps de revenir au stand et de réparer les dégâts, elle reprendra la piste au bout d’une heure avec 30 tours de retard… l’équipe finira par abandonner quelques tours plus tard. En 2021, Brabham annonce un BT63… plus lourde, moins puissante, mais conforme à la réglementation GT2. Elle fait ses 1ers tours de roues le 1er octobre 2021 au Paul Ricard au championnat GT2 European Series et s’offrira la 4ème place du championnat 2022 en signant 2 pôles et 1 victoire.

 

No money… no projet ! 

Un beau come back pour Brabham… oui… mais non ! Si David Brabham y a probablement mis toute sa passion à la mémoire de son champion de père, il lui fallait du cash. Un partenaire capable de mettre la main à la poche… et pas qu’un peu ! C’est la pierre angulaire de ces projets. N’est pas Horacio Pagani, Christian von Koenigsegg ou Gordon Murray qui veut. Souvent les projets naissent, tentent de vivre pendant des années à grands renfort d’effets d’annonces et de coups marketing, pour finir par mourir faute de cash et de client… en même temps, difficile de faire cracher beaucoup plus d’1 million d’€ pour une voiture qui n’existe qu’en dessin, ou à la rigueur, en maquette faite en polystyrène et panneaux de dibond maintenus par des trombones et du patafix ! D’autant plus qu’un partenaire financier, il s’en bat souvent les couilles du projet, et n’attend que le gros retour sur investissement… pas si simple ! C’est ce qui a fini par arriver à Brabham. Pas assez de ventes suffisamment rapidement… avec une licence de marque qui arrivait à son terme, Fusion Capital a préféré stopper le partenariat et coupé les vivres, scellant la fin du projet et obligeant David Brabham à dissoudre la marque… même s’il ne se décourage pas de la faire revivre plus tard.

 

 

 

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