La Chevrolet El Camino, c’est le fruit d’une nuit d’amour sauvage entre un coupé et un utilitaire. C’est aussi la réponse du berger à la bergère… ou du moins de Detroit à Detroit… ou plutôt de Chevrolet à Ford qui inaugurait le concept 2 ans plus tôt. Si ce n’est que l’El Camino va apporter un look plus fun, s’offrir le statut de best seller pour finir par devenir culte que ce soit pour les collectionneurs ou pour les adeptes du cruising en mode custom à la sauce big block et airride.

 

'59 Chevrolet El Camino Custom - L'Impala avec un sac à dos ! 1

 

En mode Charles Ingalls

Si tout a commencé avec la carriole tirée par des canassons, il faudra attendre les années 20 pour qu’on imagine un engin utilitaire avec une benne à l’arrière, en affichant un gabarit plus compact qu’un camion. Le pick up était né. Au début des années 30, chez Ford Australie, le designer Lew Bandt va se dire qu’il peut aussi adopter les codes des berlines standards afin de permettre aux fermiers de mener les bêtes au marché la semaine et leurs femmes à l’église le dimanche. Pendant c’temps là, aux States, les pick ups continuaient d’afficher un look toujours plus robuste, toujours plus lourd… il faudra finalement attendre la 2nde moitié des années 50 pour que Ford tente le drop avec un Ranchero qui mêlait le look du pick up avec celui du coupé racé. Un nouveau style, osé et fun qui finalement va trouver ses adeptes. Avec eux, les constructeurs créent une nouvelle catégorie et même plus quand ils décident de les affubler des appendices et des big blocks pour en faire des pick-up muscle cars !

 

Ranchero ou El Camino ?

En 59, pour contrer le Ford Ranchero, Chevrolet dresse l’El Camino sur sa route. L’avant de l’Impala et une benne de pick-up avec un cul qui reprend le style du coupé. Il fait sensation et se vend mieux que celui « d’en face ». D’autant plus que dès sa sortie, Chevy a osé le V8 348 ci pour 319 ch. Il se retrouve dans les pages du mag’ Hot Rod – la ref de l’époque – où les journalistes essayeurs seront scotchés par les chronos que cet « utilitaire » est capable d’accrocher avec le 0 à 100 en 7 secondes, le 400 m en 14 et une Vmax de 210. Ca chauffe chez les fermiers ! Bien entendu, les pros du custom vont commencer à se pencher sur son cas… et ça fait plus de 60 ans que ça dure.

 

Sur air

Celui que je vous ai trouvé fait partie des 1ers à avoir quitté les lignes de Detroit. Ce modèle de 59 a eu droit à sa restauration complète, avec mise à jour du sol au plafond. Dehors, il reprend son look du premier jour. Pas d’artifice, ni d’extravagances. Des chromes étincelants et une robe biton Gold et Root Bier sur le toit et les bords de la benne. Benne qui se retrouve jonchée de lames d’acajou maintenues par un cadre en alu des les barres chromées. Pour remplir les ailes, des Ridler 650 de 18″ avec liseret rouge et enrobées de gommes Michelin. Derrière le freinage, bien qu’upgradé, conserve les disques à l’avant et les tambours à l’arrière. Le châssis est renforcé, passé en double triangulation à l’avant et maintenu par des airbags alimentés par 2 pompes avec le réservoir caché sous le plateau arrière. Une hauteur de caisse à géométrie variable pour passer les dos d’âne et faire claquer le châssis sur le bitume lors des rassos dominicaux.

 

V8 LT1

Devant, le V8 d’origine a laissé gentiment sa place à un LT1 350, celui de la Corvette C4 fort de 300 ch. Après s’être paré de chrome, il est libéré par une admission plus velue et un lot de collecteurs qui débouchent sur deux lignes full inox. On note également un gros radiateur alu, un allumage électronique MSD et un circuit de freinage upgradé. Les watts filent aux roues arrière via une boitoto 700R4.

 

J’veux du cuir !

Dedans, le tableau de bord doré accueille une instrumentation Dakota Digital, deux manos pour veiller à la pression du circuit d’air, une sono Sony moderne, une clim Vintage Air, des commandes de vitres électriques (avec les manivelles qui sont en fait des commutateurs) et une ouverture des portes pilotée à distance. Pour accueillir le pilote et son passager, une banquette sur mesure tendue de cuir havane, composée de deux sièges avec réglages électriques séparés. Du 1ère classe !

 

Pour mener madame à l’église

A voir cet El Camino, on s’dit que les fermiers modernes ont d’la chance ! Maintenant, pour y embarquer le bétail, faudra trouver autre chose. Mais pour mener madame à l’église, et l’emmener ensuite cruiser à Venice Beach au milieu des Tesla et autres Toyota Prius, ça le fait plutôt bien !

 

 

© Mecum