Ha ouais, quand tu vois Honda NSX R GT et Spoon associés dans le titre tu te dis que là, DLEDMV va passer en mode porno. D’autant plus que la bestiole qui pose ses roues sur ton site préféré, c’est pas une NSX alacon passée à la sauce tuning. Et la déco jaune et bleue, elle n’est pas là pour faire beau puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de la caisse de Tatsuru Ichishima, le patron de Spoon !

 

2007 Honda NSX R GT Spoon - Celle du boss ! 1

 

Honda NSX

Au milieu des 80’s, quand Honda a annoncé travailler sur une hypersportive expérimentale, ça a fait rire les ingénieurs européens. 2 – 3 ans plus tard, quand ils ont vu la fiche technique et appris qu’Ayrton Senna participait au développement, ils ont arrêté de rire pour commencer à devenir sceptiques et méfiants. Enfin en 90, quand la NSX a été dévoilée et qu’ils ont pu en prendre le volant, ils se sont tous mis à faire la grimace en se rendant compte qu’Honda venait tout simplement de repositionner les normes de la catégorie. Et les choses n’allaient pas s’arrêter là…

 

Un R qui change beaucoup de choses

En 92, Honda lance la NSX R… et chez Honda, quand on rajoute un R au nom de sa tire, c’est que les ingénieurs ont eu carte blanche pour la Radicaliser ! Ils lui ont viré la clim, l’autoradio, pour y rajouter, en plus de l’alu, du carbone, du titane et du magnesium histoire de faire tomber son poids à 1230 kg. Trains roulants revus, boite plus courte, freins plus mordants et V6 3.0 l Vtec toujours aussi adepte des envolées lyriques à presque 8000 trs ! Sauf que la NSX R allait être exclusivement réservée au marché japonais… Là les p’tits gars de chez Porsche et Ferrari, ils ont remercié le ciel ! Quoiqu’il en soit, Honda en vendra 482 exemplaires.

 

Passage en 3.2 l avant le restyling de 2002

En 97, c’est le V6 qui voit sa cylindrée passer de 3.0 l à 3.2 l et gagner 20 ch au passage (274 à 294 ch). Différentes versions vont se suivre, Type S, Type S Zero, Zanardi Edition et en 2002, c’est l’heure du lifting. Bien sûr on n’va pas changer une recette qui fonctionne. La NSX avait une telle avance technologique sur ses rivales que presque 10 ans après sa sortie, elle reste encore largement dans le coup. Même si, il faut le reconnaitre, la concurrence n’est pas restée les bielles croisées ! Quoiqu’il en soit la NSX troque ses pop-ups contre des Xenon sous globes. La suspension et les barres stab’ sont revues, les pneus gagnent en largeur et l’aéro évolue légèrement. Du coup, on reprend les mêmes et on recommence. La NSX R fait son come back. Tout aussi radicale que sa descendante, elle restera elle aussi réservée au marché japonais et produite qu’à 140 exemplaires.

 

En course…

La NSX va débuter sa carrière sportive en GT1 et GT2 aux 24h du Mans en 94, 95 et 96, et ce sera cette même année qu’elle fera son entrée en JGTC. Il s’agit en fait d’une GT2 engagée par un team privé. Mais pour la saison 97, alors que la FIA crée le GT Championship sur les bases du BPR, Honda en profite pour officialiser l’engagement de sa NSX en JGTC par le biais d’un team officiel en partenariat avec Dome et Mugen. Une 1ère saison en demie teinte qui verra surtout l’écrasante domination de l’équipe Toyota Castrol. Mais le H ne va pour autant en rester là même s’il faudra cependant attendre la saison 2000 pour voir Ryō Michigami et la Castrol Mugen NSX remporter le doublé pilote et constructeur.

 

Quand le JGTC devient Super GT

Pour la saison 2005, le JGTC compte s’exporter avec une course en Chine sur le circuit de Shangaï et une autre sur celui de Sepang en Malaisie. Si ce n’est que ces deux courses lui font perdre le statut de championnat national… Le championnat doit alors quitter le JAF (Japan Automobile Federation) pour s’affilier à la FIA et devenir le Super GT. Les classes GT300 et GT500 sont conservées. Et c’est un succès… 19 GT 500 et 30 GT300 sont engagées dès la première saison. Le level y est relevé, les constructeurs européens y tentent leur chance, Lamborghini, McLaren, Porsche, Ferrari…

 

NSX R GT

Chez Honda, on décide de réagir, impensable de se prendre la fessée, surtout à domicile. D’autant plus que le règlement limite les grosses évolutions aéros à partir de la NSX d’origine, mais il autorise une production spécifique de 5 voitures, dans le style Evolution, les NSX R GT. Ce sera une sorte de bouquet final puisque la NSX s’apprête à tirer sa révérence. Honda va quand même confier à ses ingénieurs la mission de développer une version spécifique. Ils vont alors prendre 5 NSX R qu’ils vont mettre au régime et rhabiller de manière plus virile. Un nouveau pare choc avant avec lèvre intégrée, un diffuseur arrière, des prises d’air latérales pour proéminentes, de quoi, au final, lui faire gagner 18 cm en longueur et 9 cm en largeur. Mais surtout, sa lunette arrière accueille un snorkel de type F1. S’il est factice sur la routière, il est parfaitement efficace sur la version course afin d’alimenter le V6. Avec une telle arme, Honda va une nouvelle fois remporter le titre en 2007 grâce au team Autobacs Racing Team Aguri (ARTA). Après une 2ème et 3ème places au général en 2009, la NSX (donc la production s’est arrêtée il y a 4 ans) prend enfin une retraite bien méritée pour laisser sa place à la Honda HSV-010 GT… mais ceci est une autre histoire.

 

Celle de Tatsuru Ichishima

Du coup vous vous dites que celle qui pose ses roues sur DLEDMV, c’est donc l’une des 5 NSX R GT produites… Hé bien non ! Sur les 5 voitures assemblées, seulement une a été vendue à Yoshiaki Yoshida, un homme d’affaire japonais et collectionneur de NSX bien connu de Honda. Les 4 autres auraient été conservées par le constructeur. Du coup, celle que je vous ai trouvée est une réplique sur base de NSR R. Si ce n’est que le proprio de la voiture n’était (oui au passé car il l’a vendue en février 2024) autre que Tatsuru Ichishima, le boss de Spoon Sports, spécialiste depuis 1988 de tout c’qui touche la prépa des Honda, que ce soit sur la route ou sur piste. Probablement l’un des plus connus et réputés avec Mugen et JAS Motorsport.

 

R GT version Spoon

En tout cas, quand cette NSX R a été achetée neuve par Ichishima San en 2007, elle est de suite passée par l’atelier. Spoon allait fêter ses 20 ans et il fallait une machine spéciale pour marquer le coup. Et comme Honda ne voulait pas lâcher ses R GT, alors Ichishima San allait faire de sa NSX R, une R GT version Spoon, destinée exclusivement aux circuits. Mais vous savez qu’au Japon, on fait rarement les choses à moitié… et toujours avec respect. Du coup, Spoon s’est fendu d’un kit R GT identique à celui du constructeur. Le pare-choc, le diffuseur, les appendices aéros, le snorkel… tout y est. La carrosserie reçoit des ouvrants en carbone et dans l’habitacle c’est la même. On vide pour passer en tôle apparente, on se débarrasse de l’inutile et de tout ce qui a une quelconque notion de confort, et on remplace tout ce qui peut l’être par du carbone. On y rajoute un baquet avec harnais Takata pour le pilote, un dashboard numérique, un volant et un pommeau Spoon, un coupe circuit et bien sûr l’arceau obligatoire sur ce genre de projet.

 

Atmo, puis turbo

Les trains roulants sont renforcés et deviennent réglables en 3D. Ils sont maintenus par des combinés filetés Tein alors que le freinage est « maison » avec étriers 4 pistons pour mordre des disques rainurés. Les jantes forgées sont signées Volk Racing et chaussées en 215/45/17 devant et 255/40/18 à l’arrière. Sous la verrière, alimenté en air frais par le snorkel, le V6 3.2 l Vtec voit emménager une nouvelle admission, une ligne complète et une gestion dont le boitier a été déporté derrière le pilote. De quoi lui faire taquiner la barre des 350 ch. Sachant que la bestiole jaune et bleu affiche 980 kg sur la balance ! Autant dire qu’avec un RPP qui flirte avec 3, y’a déjà de quoi envoyer sévère. Si ce n’est qu’à sa première sortie officielle au Macao Road Sport Challenge, Ichishima San va accrocher une 6ème place au général et 3ème de sa catégorie… ça n’a pas eu l’air de lui suffire. Sa voiture est repassée par Spoon pour passer sous respiration artificielle et voir son V6 dopé par un turbo pour afficher la bagatelle de 440 ch… de quoi passer le RPP à 2,3. Là, devait largement y avoir de quoi aller chercher les podiums… mais ça, on ne le saura pas ! En tout cas, il n’y plus d’infos. En dehors de cette course dans les rues de Macao, à croire qu’une fois les 30 bougies soufflées, elle s’est contentée de jouer à la pin up dans le show room de Spoon.

 

Reine des enchères !

Quoiqu’il en soit, Ichishima San a fini par se séparer de sa NSX. Sachant qu’entre temps, elle est devenue culte. Et au Japon, culte, c’est culte ! Elle s’est vendue en 2018 chez BH Auction pour une peu plus de 110000 €… et elle s’est retrouvée une nouvelle fois sous le marteau du commissaire priseur de Bonhams en février 2024 où elle a trouvé preneur pour presque 320000 € ! A ce rythme là, elle va ressortir en 2030… et passer la barre des 7 chiffres ?!

 

 

© Bonhams