Dans la famille Mazda, l’Eunos Cosmo c’est une sorte de cocktail expérimental qui n’aura pas forcément su trouver sa place. Pourtant, 30 ans plus tard, elle fait partie de ces ORNI (Objets roulants non identifiés) totalement décalés, mais tellement attirants. Surtout que j’ai eu la chance d’en croiser une qui roule en France.

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Commençons par le commencement… Nous sommes à la fin des années 70, la crise pétrolière est passée par là. Les voitures japonaises sortent de leur archipel pour envahir les marchés européens, mais surtout américains. Les Honda, Nissan, Mitsubishi, Mazda et autres Toyota débarquent avec une offre de voitures compactes, sobres, qui plus est dotées d’un équipement plus que complet (Vitres élec, fermeture centralisée, toit ouvrant, clim…), d’une fiabilité qui les rend indestructibles, le tout pour un prix encore jamais vu. C’est le bordel chez les Big Three (GM, Ford et Chrysler) qui voient d’un mauvais œil ces sushis venir leur piquer des parts de marché, un remake de Pearl Harbor mais avec des 4 cylindres. Au pays des V8, ça fait désordre, à tel point que pour essayer se protéger ils réussissent à faire mettre en place des quotas d’importation. Mais il en faut plus pour décourager les constructeurs japonais qui, afin de contourner cette réglementation pas vraiment équitable, décident de s’installer directement sur le sol américain.

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Une fois encore, pour essayer de se sauver la mise, Ford, GM et Chrysler vont alors taper sur la qualité des voitures venues du soleil levant, qu’ils jugent trop discount, et loin d’afficher le luxe des leurs. C’est Honda qui va répliquer le premier en 1986 en lançant Acura, sa marque premium proposant une finition soignée, un luxe travaillé le tout avec la fiabilité, la technologie et l’équipement d’une vraie japonaise. La marque se permet directement de rivaliser avec les meilleures productions américaines et même européennes. Trois ans plus tard, Nissan lance Infiniti, Toyota présente Lexus et Mazda va les imiter avec Amati aux USA, qui s’appellera Xedos en Europe et Eunos au Japon. Pourquoi faire simple ? Enfin, cette ribambelle de noms sera un véritable raté puisqu’Amati disparaîtra au bout d’un an d’existence alors que Xedos tiendra jusqu’en 2000 avant de tirer le rideau.

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Quoiqu’il en soit, l’engin qui nous intéresse aujourd’hui n’a jamais été commercialisé en dehors de l’archipel. Le coupé Cosmo est présenté en 1990, quatrième modèle d’une famille de coupés, qui a vu le jour en 1967 avec l’illustre 110S. Le nom Cosmo n’a pas été choisi au hasard, compréhensible dans quasiment toutes les langues, ce nom fait allusion à la conquête spatiale symbole d’avenir et de technologie avant-gardiste.

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Avec cette nouvelle voiture, Mazda compte bien montrer l’étendue de ses capacités et ce, à tous les niveaux, aussi bien esthétiques que mécaniques. Le dessin s’inspire d’un concept car de 1985, le MX-03, avec une profil tricorps au gabarit conséquent (4m80). L’habitacle n’accueille que 4 passagers, mais il le fait dans une ambiance futuriste. Une sorte de cellule ovale englobe l’écran du tableau de bord qui court sur toute sa largeur avant de se prolonger sur les panneaux de portes et la banquette arrière composée de deux sièges individuels. L’écran est rétro-luminescent. L’équipement est pléthorique et n’a rien à envier à un coupé moderne. Chaine hifi, commandes au volant, et même sur les derniers modèles un écran tactile, le GPS (une première mondiale) et la télévision ! Le tout discrètement camouflé et caché derrière des panneaux escamotables. Classe, mais sobre.

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Bien entendu les ingénieurs de chez Mazda ne se sont pas contentés de lui offrir simplement un look. Son châssis n’a rien à envier aux références de l’époque. Double triangulation à l’avant et multibras à l’arrière. ABS et différentiel sont de la partie. Mazda a évité de tomber dans l’excès électronique. Pas de 4 roues directrices, ni d’appendices aéro animés par des moteurs électriques. Là encore ça fait le job, confortable et efficace, le Cosmo se veut être une GT ne rechignant pas à tenir un rythme soutenu sans pour autant devenir une spécialiste du time attack. D’autant plus qu’il accuse quasiment 1T600 sur la balance.

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Sous le capot, le client pouvait opter pour deux variantes mécaniques exclusivement équipées d’une boitoto. Fidèle au moteur rotatif Wankel, l’offre démarrait avec le 13B-RE, le birotor biturbo qui servira de base au 13B-REW qu’on retrouvera deux ans plus tard sous le capot de la sportive RX7. Mais surtout, le coupé Cosmo sera le seul de la famille Mazda à recevoir  les honneurs du 20B-REW, un trirotor cubant presque 2.0l avec ses trois rotors de 654cm3. Dopé par un duo de turbos, il envoie 300 ch et 407 Nm de couple aux roues arrières.

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Quand j’étais ado, j’étais tombé en arrêt sur cette voiture sortie de nulle part qui ornait les pages d’un hors série sur les coupés sportifs. Cette Eunos Cosmo semblait tout droit venue d’un film de science fiction. Presque 30 ans plus tard, j’avais eu l’écho qu’un coupé Cosmo se trouvait à une petite centaine de kilomètres de chez moi. Florent et moi devions avoir les mêmes lectures. La magie de l’import et le sérieux de Jérémy de JB-Motoring lui ont permis d’en avoir un dans son garage. Comble du hasard, il est entretenu par un des spécialistes français du moteur rotatif, en l’occurrence le garage Drivart situé à Orange (84) et dont Sam, le gérant, n’est autre qu’un ami. Forcément, avec un tel alignement de planètes, ce n’était qu’une question de temps avant que je croise cet engin aussi rare qu’original pour qu’il se retrouve là, en tôle et en huile, devant mes yeux ! Mais avant d’embarquer, je n’ai qu’une crainte, que cet engin qui avait marqué mes lectures de jeune prépubère me déçoive. Allez, tant pis. Le moment est suffisamment rare et solennel pour le laisser s’échapper.

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Une fois lové dans l’habitacle, la première chose que vous remarquez, c’est la tête des autres automobilistes. Malgré un dessin relativement sobre et… impersonnel, le coupé Cosmo reste un gros bébé fuselé qui se fait facilement repérer non pas par son excentricité, mais plus par son identité qui reste un mystère pour les 99,9 % des automobilistes que vous croisez. Ils vous dévisagent perplexes, cherchant du regard un indice sur la carrosserie, une marque, un logo… Eunos, tu parles ! Qu’est ce que c’est que cet engin ? Et c’est justement là son plus gros défaut, son manque total de personnalité. Attention, je n’ai pas dit de séduction. Mais le Cosmo pourrait recevoir un logo Toyota, Honda ou encore Hyundai, que cela n’étonnerait personne si ce n’est ceux qui feront le lien avec le gazier qui se cache sous le capot.

Sur la route, la voiture est souple et confortable. Poids oblige, l’inertie est là. On toise la boite automatique en se disant qu’elle doit bouffer une bonne partie du cheptel mécanique. Et pourtant, une fois la pédale de droite soudée à la moquette, le charme opère. Le trirotor se fait souffler dans les bronches par les deux turbines et le gros coupé se jette vers l’horizon avec une vigueur surprenante. Oups, ça tourne ! Aucun soucis, le châssis encaisse, digère et maîtrise, du moins tant que vous n’allez pas provoquer les lois de la physique. Le roulis est plutôt bien contenu, tout comme les transferts de charge à l’accélération et au freinage. On s’étonne alors d’aller vérifier les chiffres annoncés à l’époque… 0 à 100 en 6,2 et le 400m en 14,3 secondes, on valide même si on n’est pas allé vérifier les 260 km/h en vitesse maxi ! Belle prouesse pour une voiture de ce poids. Manifestement, ce Cosmo est réellement surprenant et séduisant. A un aucun moment vous n’avez l’impression d’être dans un engin de 30 ans.

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Malgré tout, avec seulement 8875 coupés qui tomberont des lignes de production, tous modèles confondus, le Cosmo ne restera qu’un véhicule à la diffusion anecdotique.. Injuste récompense pour une voiture qui sortait réellement de l’ordinaire et qui était sans aucun doute en avance sur son temps. 30 ans plus tard, elle reste toujours autant décalée et un super occasion de rouler différent. Reste plus qu’à en trouver une !

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