Si vous ne vous sentez libre que pendant les 10 secondes que dure un 400 m et que vous passez votre temps libre à sauter en voiture d’immeuble en immeuble ou de faire la course contre un sous marin, alors le monstre qui arrive risque de vous plaire. Une Pontiac LeMans GTO qui en toute modestie, préfère se faire appeler The Judge !

‘69 Pontiac LeMans GTO « The Judge » : Levez la main et dites "J'le jure" ! 1

Au début des années 60, pendant que les GI essayaient de s’extirper de l’enfer du Vietnam, sur le sol américain, une autre guerre, bien moins tragique, faisait rage. Le champ de bataille prenait la forme d’une ligne droite sur laquelle venaient se mesurer des V8 élevés à Détroit. Les Muscle Car voyaient le jour et comptaient bien montrer que la route était leur royaume, du moins tant qu’elle restait droite. La recette était plutôt simple. Un châssis légèrement revu, un pont plus court, une gueule de méchante et sous le capot, le plus gros V8 qui pouvait y rentrer, dégueulant de chevaux et fort d’un couple capable de faire fondre un train de pneus bien plus rapidement que le temps qu’il m’a fallu pour l’écrire. Bon, en fait la tendance s’officialisait car coller de gros V8 dans des caisses pas forcément prévues pour, les constructeurs américains s’en amusaient depuis le début des 50’s pour aller séduire les adeptes d’une mode née dans la rue une petite décennie plus tôt, celle des Hot Rod.

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Celle qui nous intéresse aujourd’hui a vu le jour en 69, descendante d’une famille qui, il faut bien le reconnaître, représentait un sacré bordel chez General Motors. A l’époque, Detroit était donc le berceau des trois grands constructeurs américains, les Big Three (rien à voir avec un Boys Band des années 90!), composé de Général Motors, Ford et Chrysler. Chacun regroupait une ribambelle de marques où chacune se devait de respecter une position dans une hiérarchie de produits bien établie. Voitures accessibles, populaires, sportives, luxueuses… afin de cibler chaque profil de clientèle. Mais lorsque la mode des Muscle Car va voir le jour au début des années 60, chacune allait vouloir sa part de gâteau. Du coup, de chez Chevrolet jusqu’à Plymouth, en passant par Ford, Pontiac, Buick, Oldsmobile, Mercury ou encore Dodge ou Chrysler (et les autres) on s’est mis à multiplier les modèles, les versions, les plateformes, les moteurs, les versions spéciales… Ajoutez à cela les différentes options des millésimes où presque tout pouvait changer, et vous comprendrez que pour s’y retrouver, il faut faire preuve d’autant de patience qu’un moine tibétain sous Prozac ! Par exemple celle qui se pavane en photo c’est à la base une Pontiac Tempest. Née en 1960, elle change d’apparence en 1964 mais devient par la même occasion, un clone de l’Oldsmobile F85 et Cutlass mais aussi des Buick Special et Skylar. Sachant que pour en revenir à la Tempest, en fonction des blocs et des options, elle pouvait alors se transformer en LeMans, en GTO, voire LeMans GTO… A froid, quand on n’est pas préparé, ça peut piquer !

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En fait la GTO, c’est la rebelle de la famille. A ses débuts en 1960, le client  qui s’offrait une Tempest pouvait cocher l’option LeMans (seulement sur les coupés et cabriolets), un package qui mélangeait luxe et sport avec des chromes en plus, des sièges baquets et divers bricoles qui lui permettaient de devenir le king du parking. En 63, la GM interdit à ses différentes marques tout engagement en sport auto. Derrière ce discours, certains y voient surtout l’interdiction de coller des gros V8 sous les capots des voitures. Ce sera sans compter sur deux hommes qui décideront d’outrepasser les règles. Pete Estes, à l’époque directeur général de Pontiac, et John DeLorean, son ingénieur en chef (oui, celui là même qui deviendra plus tard le papa de la célèbre voiture à voyager dans le temps) décident quand même de greffer le V8 326 ci à la Tempest LeMans. Les 8 gamelles cubent 5,3 l de cylindrée et sont gavées par un gros carbu quadruple corps pour envoyer 264 ch aux roues arrière. La voiture étant relativement légère, les deux hommes sont agréablement surpris par ses performances. Emportés par leur élan, ils y collent ensuite le 389 ci (6,4 l) et même le 421 ci (6,9 l). La voiture dépasse allègrement les 300 ch, elle se fait sa petite image, embellit celle de Pontiac, et même si finalement ça fait râler dans les hautes sphères de la GM, on préfère fermer les yeux car dans tous les cas, ça aide à écouler les stocks puisque la Tempest va être remodelée en 64. La nouvelle monture affiche un profil plus volumineux et viril. Son châssis et le freinage sont renforcés et peuvent supporter plus de puissance. Il n’en faut pas plus pour redonner la fièvre à Pete et John qui, plutôt que de se calmer, préfèrent mettre la barre encore plus haute, en l’occurrence un V8 de 389 ci avec une carburation Tri Power (Trois double corps) pour 348 ch. Ils sont soutenus par Jim Wangers, responsable du budget pub de Pontiac et accessoirement coureur auto. Ce dernier est persuadé qu’une sportive intermédiaire trouverait rapidement sa clientèle, il appuie pour que le projet voit le jour à tel point que c’est à lui que les puristes vont attribuer la paternité du projet.

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Pour ne pas s’attirer les foudres de leur direction, tout va se faire en douce, prétextant qu’ils sont juste en train de bosser sur une nouvelle option pour la LeMans. Mis à part que les pontes de GM vont finir par découvrir l’embrouille et alors qu’ils tentent de tout stopper, ils se rendent compte qu’il est trop tard. Les investissements sont déjà trop lourds pour tout arrêter. Il faut les rentabiliser et le seul moyen, c’est de commercialiser voiture. C’est donc comme cela qu’en 1964, on voit débarquer la Pontiac Tempest LeMans GTO, un nom trouvé par John DeLorean qu’il a directement repris à la Ferrari 250 GTO (pour Gran Tursimo Omologato) sauf que pour le coup, le menu pizza – Chianti est devenu burger – Coca ! Mais chez GM, on n’a pas l’intention de leur dérouler le tapis rouge. On leur colle un cible entre les deux yeux et Frank Bridges, le directeur des ventes du groupe, va être très clair avec eux. S’il ne se vend pas un minimum de 5000 voitures, ils sautent ! A la fin de l’année, Pontiac a livré 32450 Pontiac Tempest GTO et qui plus est, elle venait de donner naissance à la famille des Muscle Car. Pari gagné et de loin.

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Les autres constructeurs ne vont pas rester les bielles croisées ! Au fil des années, les répliques vont s’enchaîner, venant de toutes parts : Chevrolet Chevelle SS, Ford Fairlane GT, Oldsmobile 442, Dodge Super Bee, Charger et Charger Daytona, Mercury Cyclone GT, Plymouth Road Runner, et même les Pony Car, plus compactes, viennent provoquer leurs grandes sœurs, Ford Mustang, Chevrolet Camaro, Pontiac Firebird, Mercury Cougar, Plymouth Barracuda, Ford Torino… Bref, c’est l’euphorie. Les amateurs de sportives ne savent plus où donner de la tête et n’ont que l’embarras du choix. Les caisses sont toujours plus impressionnantes, plus puissantes, l’essence coule à flot, les lignes droites sont devenues des pistes de drag.

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Forcément, chez Pontiac on a un peu les boules. On estime que sans eux et leur GTO, ils n’en seraient pas là à venir taper dans la gamelle. Ouais, en fait, lancer la mode c’était cool, mais voir le copains faire pareil, parfois même ne mieux, ça l’est moins. Du coup, quand la Tempest va changer de look en 68, on décide de mettre tout le monde d’accord tout en affichant sa légitimité avec la Pontiac GTO The Judge qui va débarquer en 69 offrant un look spécifique mais surtout un V8 de 400 ci pour plus de 360 ch. Après encore une évolution stylistique au début des 70’s, on voit débarquer l’explosion des primes d’assurance, des normes de sécurité routière de plus en plus contraignantes et une crise pétrolière qui va engendrer une réglementation draconienne des rejets polluants. La GTO n’y résistera pas tout comme les Muscle Car qui disparaîtront en 1974.

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Maintenant que vous connaissez son histoire, vous vous demandez comment on a pu oser modifier de la sorte une rare GTO de 69 ? Eh bien rassurez vous, ce n’en est pas une. Ah ! la magie du custom. Il s’agit d’une réinterprétation réalisée par les spécialistes de chez Big 3 Performance. Ils sont partis d’une Tempest LeMans de 69 et afin de réaliser leur projet, ont directement demandé à Jim Wangers, comment il aurait imaginé une The Judge de nos jours. Et il n’y est pas allé par le dos de la clé de 12 ! Surnommé la Jim Wangers Signature Edition GTO, a été construite sur un châssis spécifique réalisé conjointement par The Roadster Shop / RS Performance Concepts avec double triangulation, essieu arrière Moser le tout maintenu par des combinés filetés réglables AFCO accompagnés de ressorts Eibach. La direction vient d’une Corvette C6 et le freinage est signé Wilwood. Maintenant elle n’a plus peur des virages car il faut bien ça pour rester sur la route et contenir la charge du V8. Un Butler Performance Iron Block de 505 ci (8,2 l) avec vilebrequin forgé et équilibré, pistons Ross en alu forgé, injection gros débit, soupapes et ressorts renforcés, allumage MSD, gestion spécifique, collecteur et ligne libérée full inox qui se termine par des silencieux Pypes. La boite manuelle est une Tremec 6 vitesses montée avec un pont court Ford de 9’ en 3,73 Detroit True-Trac. Notez au passage comme les ricains sont trop forts pour trouver des noms qui font peur. Rien qu’en les prononçant tu te dis déjà que la voiture elle doit arracher le bitume. Enfin, quoiqu’il en soit, les pneus arrière doivent maintenant composer avec 680 ch et un peu plus de 900 Nm de couple. Au final, y’a pas que les noms qui font peur !

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Avec un tel ramage, il fallait un plumage capable de relever le défit. Les prises d’air sur le capot (en carbone) et dans la lèvre inférieure ont pris du grade. En fait, la voiture a été lissée, simplifiée, débarrassée de tout ce qui cassait la fluidité de la ligne. L’arrière est plus moderne avec son bandeau qui intègre les feux. L’aileron se la joue discret. Tout le contraire pour les deux sorties d’échappement rectangulaires XXL. Aux quatre coins, la touche finale est donnée par un set de jantes réalisées sur mesure chez HRE et appelées Jim Wangers Signature Edition. Elles reprennent le style de celles de 69 mais s’affichent en 20’ et sont chaussées en Michelin taille base. Bien entendu, la robe Carousel Red avec ses bandes multicolores sont de la partie. Le traitement de l’habitacle est beaucoup plus sobre, même si tout a été refait sur sol au plafond, en passant par le nouveau tableau de bord, les sièges baquets électriques ou les panneaux de portes avec  moquette épaisse et cuir noir agrémenté de quelques touches couleur caisse. Bien entendu on peut désormais compter sur la clim, la direction assistée, les vitres élec et une sono digne d’un concert d’ACDC.

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Au final, c’est que du bon. D’abord aucune GTO The Judge n’a été sacrifiée pour les besoins de l’article. Ensuite, la réinterprétation moderne est menée de main maître pour un résultat qui ne renie pas les origines de la voiture. Enfin, elle est  reconnue et validée par son géniteur, Jim Wangers… Que demande le peuple ? Allez, adjugé !

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