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De 1959 jusqu’à 1965, lorsqu’on voulait exposer sa réussite et sa fortune aux yeux de tous, on ne roulait pas en Ferrari. Encore moins en Jaguar ou en Aston Martin. Nan ! On signait pour une Maserati 5000 GT. Une sorte de version haute couture de la 3500 GT, imaginée pour rejoindre les garages des personnalités les plus influentes de la planète…

Lors de sa présentation Sports Car n’y est pas allé par quatre chemins : « un patrimoine issu de la course, une puissance immense, un comportement routier excellent, pour de l’exclusivité et du luxe ». Voilà comment on définissait la Maserati 5000 GT.

En 1957, la Maserati 3500 GT vient bouleverser les codes chez le constructeurs italiens. Elle signe la fin des productions artisanales pour basculer dans le monde de la série et de l’assemble industriel. Rivale de la Ferrari 250 GT, puissante et efficace, son style séduisant en font la GT des VIP. Omar Orsi, le fils d’Adolfo orsi, propriétaire de la marque, va avoir l’idée d’envoyer un prospectus promotionnel mettant en avant le nouveau coupé accompagné de la 450S, la voiture de course phare de la Maserati. Une idée brillante puisque le prince Rainier de Monaco, Anthony Quinn, Tony Curtis ou Scott Hudson vont passer commande et rouleront en 3500 GT. Elle devient un véritable succès commercial, le premier pour Maserati.

Mais dans ce monde là, certains veulent encore plus d’exclusivité. Ca va être le cas du Shah d’Iran, un passionné de belles mécaniques qui, séduit par l’essai de la 3500 GT, va alors demander à Maserati de lui imaginer une version spéciale et exclusive, plus en adéquation avec son statut social. En gros, il aimerait une 3500 GT avec le moteur de la 450S. Le projet va être confié à Giulio Alfieri qui, après avoir imaginé et développé la 3500, ne devrait pas avoir de mal à répondre à ce délicat cahier des charges.

La 5000 GT voit le jour en 59. Son châssis tubulaire est celui de la 3500 GT qui recevait déjà des éloges. L’avant adopte une double triangulation maintenue par des combinés amortos/ressorts avec barre anti-roulis. Derrière, c’est un plus classique essieu rigide qui fait le job, accompagné de bras transversaux, avec ressorts à lames, amortos et là aussi, une barre anti-roulis. L’empattement et la largeur des voies restent inchangés, Alfieri se contentant simplement de le renforcer. A l’origine le freinage faisait confiance à des tambours à l’arrière, mais rapidement il recevra des disques aux quatre coins.

Devant le moteur est emprunté à la 450S. Un V8 de 4,9 l est équipé d’un allumage mécanique Magneti-Marelli avec deux bougies par cylindre et gavé par quatre carbus Weber 45 IDM pour aller y tirer 325 ch qui filent aux roues arrière via une boite pont à 4 vitesses. Mais là encore, en 1960, sa cylindrée va être légèrement revue, il va adopter une injection Lucas et passer à 340 ch avant d’être associé à une boite ZF à 5 rapports.

Esthétiquement, Maserati va reprendre ses anciennes habitudes. En effet, chaque client peut faire personnaliser la carrosserie par le carrossier de son choix. Ainsi sur les 34 Maserati qui seront vendues, 22 seront signées par Allemano (la rouge qui défile devant vos yeux), trois par Frua, trois autres par Touring (la bleue), deux par Monterosa, et des exemplaires uniques dessinés par Pininfarina, Michelotti, Ghia et Bertone (pouvez vérifier, ça fait 34 !).

6 ans et seulement 34 voitures… mais surtout 34 légendes, car la 5000 GT était proposée pour le double du prix de la 3500 GT. Parmi les riches privilégiés, on comptera Gianni Agnelli, Karim Aga Khan, le sportif américain Briggs Cunningham (la grise à l’avant si particulier), l’acteur Stewart Granger, Fernando Innocenti (connu pour sa marque de voitures), Basil Read (homme d’affaires sud africain et propriétaire du circuit de Kyalami), le musicien Joe Walsh, le président mexicain Adolfo Lopez Mateos et bien sûr le Shah d’Iran, qui en commandera même une deuxième, carrossée par Touring.

Aujourd’hui, les Maserati 5000 GT sont devenues des pièces maitresses pour tous les collectionneurs Maserati. Elle représente aussi le témoin entre cette période où la marque au trident assemblait des voitures uniques, sportives et sur mesure et son entrée dans la modernité. Avec elle, une page de son histoire s’est définitivement tournée… mais elle valait largement le coup !

© Gooding & CompanyRM Sotheby’sMcGrath Maserati