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L’Alfa 164 Quadrifoglio Verde c’est l’archétype de ces berlines sportives des 90’s qui savaient transformer leurs défauts en caractère. En même temps, faire passer 230 ch sur la route par les roues avant, et essayer de les faire y rester, en 87, c’était du sport…

Quand Fiat rachète Alfa en 86, les Alfistes sont à deux doigts du suicide collectif. Pour eux le cuore sportivo, c’est fini. Et la première à être abandonnée, ce sera la propulsion. Mais pourtant, ce sacrifice n’a rien à voir avec l’arrivée du géant italien, ni au fait que le développement de la marque au Biscione ait été confié à Lancia. En effet, chez Alfa on avait déjà tenté le drop avec l’AlfaSud, au grand damne des puristes qui n’avaient pas pardonné cette trahison. Et même si la 75 avait conservé la propulsion, c’était surtout pour essayer de faire du neuf avec du vieux avec des caisses vides et une plateforme périmée.

Du coup, quand la famille Agnelli vient sauver Alfa du naufrage, le projet de la 164 (qui s’appelle encore 154) est déjà dans les cartons en partenariat avec Saab et… Fiat. En effet, la base devra être commune aux Saab 9000, Fiat Croma et Lancia Thema. D’ailleurs, certains « spécialistes » doutent de la survie de la grande Alfa, pensant que Lancia n’ira pas poser une alternative concurrente à la Thema. Et pourtant… la 164 sera bien présente sur le stand d’Alfa lors du salon de Francfort de 87.

Pour se dépareiller de ses trois frangines qui partagent au delà du châssis, la même coque, l’habitacle et les portières, Alfa va préférer confier le dessin de la robe à Pininfarina qui signe là un ligne élégante et racée. Dans l’habitacle, c’est cuir, moquette épaisse et… plastique. Les standards de l’époque voulaient qu’une voiture bien équipée se voyait au nombre de boutons présents sur le tableau de bord et la console centrale… et l’Alfa 164 était très bien équipée…!

Côté moteurs, les ingénieurs se sont contentés d’y glisser le 4 cylindres 2.0 l  tout alu Twin Spark en atmo (148 ch), mais aussi le V6 3.0 l 12v de 192 ch signé Busso. Le programme semble séduisant, mais dès les premiers essais, l’Alfa 164 se fait démonter. Trop de confort, trop souple, les watts mettent à mal le train avant qui brille plus par ses remontées de couple dans le volant que par sa motricité. Et pour ne rien arranger, le freinage semble avoir été piqué à un Vespa. Et ça, pour une Alfa, ça a du mal à passer…

Mais chez Alfa, on ne va pas rester les bras croisés. On réagit et on lâche les ingénieurs afin de corriger la copie. Ils revoient le train avant, les suspensions, la taille des freins. Le confort en fait les frais au profit du comportement qui devient enfin digne de son physique et de son ADN. C’est à ce moment là que la marque va en profiter pour faire évoluer l’offre mécanique. Le Busso passe à 200 ch, un V6 2.0 l Turbo de 210 ch (+30 en overboost) fait son apparition, puis en 92 le V6 3.0 l reçoit enfin des culasses 24 soupapes et affiche d’abord 211 ch avant de passer à 230. La 164 devient Quadrifoglio Verde. L’occasion aussi de revoir une nouvelle fois la suspension, le centre de gravité (ressorts plus courts de 12 mm et moteur positionné plus bas dans le châssis) et la direction plus directe et précise. Seule la taille des roues n’évolue pas puisque la berline italienne flirte avec l’asphalte en 195/50/15…

Sauf pour celle qui défile devant vos yeux. Une Alfa 164 V6 Quadrifoglio Verde de 95, habillée en bicolore Rosso Alfa en haut et Grigio Scuro en bas. Elle chausse maintenant en Zender Milano trois parties de 17″ enrobées de Road Hugger GT Ultra en 215/45 et 225/45. Son Busso 24 soupapes de 230 ch.

Pour les plus exigeants, en 93, Alfa ira jusqu’à équiper sa Quadrifoglio Verde d’une transmission intégrale et d’une boite 6. La Q4 va ainsi devenir la référence de la famille mais aussi un véritable sportive. Comme quoi finalement, la 164 finira par reprendre le flambeau en devenant une vraie Cuore Sportivo… un collector.

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