WM, ce nom ne vous dit sûrement pas grand chose, mais il occupe une place symbolique dans la légende des 24 Heures du Mans. Le constructeur Français est, excusez du peu, le détenteur du record de vitesse de pointe sur le grand circuit des 24 Heures ! Et le plus beau, c’est que l’exploit de la P88 tient depuis 32 ans !

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Les rageux rappelleront que depuis 1990 les Hunaudières sont tronçonnées par deux chicanes et que ça profite à la longévité du record… Mais on les emmerde. Déjà parce que c’est un record Français, oui m’dame, et surtout parce que le chiffre fait rêver : 405 km/h, excusez du peu ! Voyons un peu comment WM a réussi à tirer des perfs dignes d’une Veyron d’un roturier V6 PRV…

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WM est fondé en 1969 par messieurs Welter et Meunier. Ils bossent tous deux la semaine chez Peugeot et occupent leurs week-ends à concevoir des autos de courses motorisées par leur employeur. Depuis 1981, le carrossier Heuliez sponsorise et apporte son soutien technique au team. Choix judicieux quand on veut promouvoir son expertise en aérodynamique, les protos d’endurance étant mieux profilés que les autobus.

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Le “Projet 400”, qui accouchera de la WM P88 que vous avez sous les yeux, est lancé avec en ligne de mire l’édition 1988 de la classique Mancelle. La finalité de l’aérodynamique étant la vitesse, quoi de mieux que de viser un record ? A plus forte raison un détenu par Porsche sur une des épreuves les plus prestigieuses du Monde. Imparable pour frimer en retournant au bureau le lundi suivant.

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WM conçoit donc un châssis équipé du bon vieux PRV, ici poussé à 3.6 litres et gavé par deux turbos crachant 910 chevaux. La solution est éprouvée, l’équipe utilise cette base technique depuis le début des 80’s. Heuliez s’occupe d’habiller la belle d’une armure profilée pour atteindre son Graal. Et tous les moyens ont été mis pour réussir sa quête : conception par ordinateur, travail en soufflerie, on est carrément dans le monde de l’aéronautique !

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Rien qu’à la regarder, on voit que les ingénieurs ont tout donné. La gestion des flux d’air est magistrale. Son museau pointe très bas, surmontant une immense prise d’air presque aussi large que l’auto. Les roues arrières sont entièrement carénées, une cannelure parcourant le flanc des passages de roue avant à la poupe. Un extracteur au sommet du cockpit et un bossage au niveau du train arrière balancent l’air sur l’immense aileron pour plaquer la bête au sol.

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Flanqué de deux dérives XXL, l’aileron repose sur deux mâts alu quasi-invisibles tellement ils sont fins. Il surmonte un immense extracteur qui tient lieu de pare-chocs arrière. Le dos du monstre est quasiment lisse, tout juste note-t’on la présence de deux prises d’air profilées alimentant le V6 en air frais. Oui, oui… Les aérodynamiciens ont intégré le refroidissement du PRV au cahier des charges. Normal, on va lui en demander un chouïa plus que dans une 604 pour propulser ce missile !

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Malgré une livrée qui rappelle les bus RATP de l’époque, la ligne laisse sur le cul. Lisse comme un galet, on dirait plus un streamliner qu’un proto d’endurance. La WM P88 a tous les atouts techniques requis pour entrer dans l’Histoire, et elle va le faire. Dans la soirée, Roger Dorchy lance son Skud sur les 7.89 kilomètres des Hunaudières. Le radar au freinage de Mulsanne délivre son verdict : 405 km/h ! Bon, le moteur claquera plus tard dans la nuit, mais le job est fait : respect !

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Voilà pour la petite histoire de cette merveille d’ingénierie tricolore. Et l’histoire est belle, car avec de petits moyens, cette auto et son exploit occuperont à jamais une place de choix dans l’imaginaire collectif.

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