Pourquoi ils n’en font plus des comme ça ? Pourquoi ces petites sportives aussi sympathiques qu’amusantes ont disparu de chez les constructeurs ? L’A112 Abarth, c’est une pilule de bonne humeur, un suppo de plaisir ! Tu te sens morose, t’as pas la patate ? Tu prends une A112 Abarth, une p’tite route, et hop, te voilà redevenu comme un jeune puceau de 15 ans prêt à tomber amoureux de sa prof de français ! Ah… je sens qu’on va encore avoir des problèmes…

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Au début des 60’s, Fiat voit débarquer la Mini qui se déploie à vitesse grand V à travers l’Europe. La marque a bien la 500 dans sa gamme, mais la petite anglaise affiche une fiche technique plus moderne et plus pratique que l’italienne. Il n’empêche qu’en 65, le projet X1/2 va voir le jour avec pour objectif de proposer une remplaçante à la 850, mais surtout d’aller contrer la petite Austin, qu’on retrouvait sur le marché italien par le biais d’Innocenti qui en avait récupéré la licence afin d’éviter les taxes liées à l’importation.

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Pur produit 100% Fiat, l’Autobianchi A112 est imaginée, développée et dessinée en interne. Elle voit le jour en 69 et pousse la Bianchina à la retraite. Faut reconnaitre que la rupture de style est impressionnante, d’une voiture vétuste on passe réellement à une autre bien tournée vers l’avenir. Rien d’étonnant puisque Fiat avait décidé de faire d’Autobianchi, son centre d’essai grandeur nature, dans le but d’essayer et de tester des produits originaux, élégants et positionnés sur le marché des premium. C’est d’ailleurs pour cela que Fiat va profiter de l’arrivée de l’A112 pour confier la gestion d’Autobianchi à Lancia. Quoiqu’il en soit, cette microcitadine aussi compacte qu’habitable, va aller chasser sur les terres de Mini à savoir les beaux quartiers des différentes capitales européennes.

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La formule va fonctionner, le succès est immédiat et Autobianchi mise tout sur ce seul et unique modèle sur lequel repose tous les espoirs de la marque, même s’il manque encore une dernière étape à franchir… la Mini Cooper joue encore dans la catégorie du dessus. Et vous pensez bien qu’en Italie, il est juste impensable qu’on ne propose pas une version sportive de la petite A112 (du moins c’était encore leur esprit à l’époque). L’initiative va venir de Carlo Abarth, alors responsable du département compétition de Fiat et Lancia. Il présente aux dirigeants de la maison mère une version bien énervée de l’A112, dans laquelle il a greffé 105 ch sous le capot. La voiture est refusée… trop puissante, trop méchante, trop effrayante, bref, trop dangereuse. Carlo va revoir sa copie, rendre son A112 Abarth moins puissante,  plus accessible et donc moins chère… donc plus facile à vendre, du moins en plus grande quantité.

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A la fin de l’année 71, l’Autobianchi A112 Abarth rejoint le catalogue. Elle propose un look racing avec son capot noir mat, ses jantes en tôle spécifiques (Cromodora en option), une calandre signée Abarth, des petits pare-choc inox, et un habitacle dans lequel on retrouve un volant trois branches et une ribambelle de compteurs, dont un tachy gradué jusqu’à 180 km/h… pour 58 ch. Eh oui, la bride imposée pour valider le projet de Carlo a fait du mal à la cavalerie ! Il s’est contenté de faire passer le 4 cylindres de 903 à 982 cm3, a réhaussé le taux de compression, lui a greffé un nouvel arbre à cames, une nouvelle ligne et un Weber double corps se charge de donner la tétée. Enfin, heureusement la puce accuse seulement 660 kg, de quoi la rendre pétillante, vive et agile… sans pour autant la rendre réellement sporitve. Et c’est d’ailleurs ce que vont rapidement lui reprocher les clients, qui en veulent plus.

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En 74, l’A112 Abarth devient plus “méchante”. Le 4 pattes est shooté par de nouveau pistons et bielles qui passent la cylindrée à 1050 cm3, le vilebrequin est forgé, la culasse est revue, l’arbre à came reçoit un trraitement par nitruration. Le double corps Weber 32 est le même. Avec 70 ch pour 700 kg avec une boite 4 qui tire toujours très court, ça commence à devenir vraiment sportif… mais fatigant. Pour la remuer, il faut constamment lui mettre dedans. Et plus vous lui mettez, plus elle en redemande ! Ah la cochonne ! D’autant plus que le châssis et son empattement hyper court est vif, agile et maniable. L’A112 Abarth est un véritable jouet destiné aux départementales sinueuses, une championne du city racer !

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Celle qui défile sous vos yeux est un millésime de 77 qui, après une carrière italienne, s’est retrouvée sur le sol américain en 2011. Après avoir été entreposée pendant quelques années, elle a eu droit à une restauration à la sauce ricaine… limite restomod, pour finir presque plus belle et qualitative que ce qu’elle était à sa sortie d’usine. Elle a gardé la teinte de sa robe d’origine, a reçu un rétro obus côté passager, et chausse maintenant sur des Campagnolo en 13″. L’habitacle a également conservé son ADN, si ce n’est que les sièges sont maintenant tendus de vinyle noir. Le 4 cylindres d’1 l a été entièrement refait et en a profité pour recevoir au passage, un nouvel arbre à cames plus pointu et une ligne complète inox. Même chose pour le châssis qui se contente d’une nouvelle barre stab’ à l’avant. Le traitement est aussi sobre que bien vu.

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Pour finir avec l’histoire de cette petite italienne, l’A112 va connaitre six évolutions esthétiques au fil de sa carrière qui va durer jusqu’en 86. L’Abarth (qui disparaitre en 85) suivra la mode, même si techniquement et mécaniquement, elle n’évoluera plus. Les changements seront marqués par de nouveaux feux, une nouvelle sellerie, une prise d’air, de nouvelles jantes, une nouvelle calandre, un équipement plus riche… Autobianchi va faire l’erreur de ne pas développer sa gamme, misant sur l’A112 comme sur une immortelle. Malheureusement, quand ils vont se rendre compte de leur erreur stratégique, ce sera déjà trop tard, Fiat a déjà coupé les budgets. En 86, Autobianchi va essayer de survive en Italie et sur le marché français à travers la Lancia Y10, qui sera rebadgée. Mais la magie est morte… En 89 l’importateur français jette l’éponge et en 92, c’est Fiat qui décide d’arrêter l’hémorragie en fermant le site de production de Desio.

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Autobianchi a failli faire son come back vers 2014, Fiat réfléchissant sérieusement à en faire sa marque low cost sur les marchés sud-américains, chinois et d’Europe de l’est. Mais ça ne restera qu’une idée vite oubliée.

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