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La Buick Grand National, c’est un peu la couille dans l’apété ! La révolution dans l’milieu des muscle car. Alors que les sportives américaines sont bridées dans tous les sens, elle vient montrer qu’on peut laisser des traces de gommes sur l’asphalte avec un look presque sage et sans avoir besoin d’un V8 aussi gros qu’une cathédrale ! La révolution à coups de V6 et de turbo, c’est chez Buick que ça se passait !

Aux States, pendant des années, une bagnole sportive, que ce soit un pony car ou un muscle car, c’était d’abord un gros V8 posé à l’avant d’un châssis qui se tordait dans tous les sens et maintenu un peu comme il pouvait. Débordant de puissance et de couple, elles semblaient avoir été développées exclusivement pour les lignes droites… et les burn(es) ! Les virages, elles savaient les prendre, mais pas trop les tenir… c’est d’ailleurs marrant que le sport auto le plus populaire aux USA, consiste à tourner sur un ovale…!

De 1920 à 1933, c’est la prohibition dans tous les Etats Unis. Trop portés sur la bibine, les américains se voient interdits d’alcool. Il n’en faut pas plus pour voir naitre dans les états ruraux du sud du pays, une armée de trafiquants qui, pour échapper plus facilement à la police, vont utiliser des caisses renforcées et modifiées, mais gardant un aspect d’origine pour éviter de se faire remarquer. Histoire de s’entrainer, ces contrebandiers vont alors tracer ces circuits ovales dans des champs pour y organiser des courses en eux. Circuits ovales… voitures d’origine d’aspect (stock en anglais)… le stock car est né.

Peu à peu, plusieurs associations voient le jour et ces courses, alors illicites, finissent par devenir légales et populaires. Organisées de manière aléatoire dans tout le pays, sans véritables règles ni structures officielles, il faudra attendre 1948, pour voir un certain Bill France afin d’élaborer un règlement et fédérer toutes ces assos sous une seule et même bannière, la NASCAR (National Association for Stock Car Auto Racing). Le premier championnat va être organisé en 49 et dès l’année suivante, il va prendre le nom de Grand National Division. Pour le reste, c’est une autre histoire…

En 1973, Buick – une marque de General Motors – lance la Regal. Un coupé qui sera rejoint par une berline dès l’année suivante. La voiture n’a rien de sportif et offre autant de personnalité qu’une pantoufle ! Sous le capot, on retrouve des V8 anémiques et aux rendements digne d’un tracteur. La plus cossue reçoit un 5.7 l de 170 ch. Avec 1,8 tonnes à trimbaler, la Regal est aussi énervée qu’une limace qui aurait bouffé d’la compote ! Avec un peu moins de 18000 voitures produites en 5 ans, elle ne risque pas de rentrer dans les anales du constructeur…

Et pourtant ! Buick va lui offrir une descendante en 78, une fois encore, exclusivement en coupé (ce coup ci, la berline débarquera quatre ans plus tard). Mais les choses changent… la Regal est plus compacte, plus carrée et surtout, en plus des V8 au bout de leur vie et bridé de partout, elle adopte un original V6 dont une version turbo est proposée en option.

En 81 et 82, Buick remporte le titre en Nascar. L’occasion est trop belle pour la laisser passer et, avec tout le baratin que je vous ai raconté au dessus, vous voyez arriver le coup. En février 82, Buick propose une version Grand National à partir de son coupé. En fait, la marque envoyait des Regal Sport chez Cars and Concepts – un sous traitant basé à Brighton – qui se chargeait de les habiller en gris et noir, d’y coller un liseret rouge puis d’y greffer une prise d’air à l’avant, un aileron, des jantes et une sellerie spécifiques ainsi que quelques autres bricoles. A la base, seulement 100 voitures devaient être équipées du GN Pack… au final, elles seront 215 avec sous le capot un V6 4.1 l atmo gavé par un carbu quatre corps pour… 125 ch, sauf pour 35 d’entre elles qui recevront le V6 3.8 l Turbo de 175 ch pour 373 Nm.

En 83, la Grand National disparait du catalogue, remplacée par la Sport T-Type. Le V6 Turbo reçoit un nouveau collecteur pour passer à 190 ch, des freins Hydro-Boost II et un boite auto 4 rapports 200-4R avec rapport raccourci. Et là, les choses vont changer… En 84, le Pack Grand National fait son retour sur le coupé Sport Turbo. Le V6 passe à l’injection pilotée et l’allumage est revu. Avec 200 ch sous le capot, elle revendique le 400 m en 15,9 secondes, de quoi taquiner une Corvette. Deux ans plus tard, un gros intercooler rejoint le lot et le gazier passe à 235 ch pour 445 Nm.

Au niveau du look, depuis son come back, Buick a revu sa copie. Si la première version faisait plutôt ringard, la deuxième envoyait du bois. Toute de noire vêtue, le coupé devenait réellement bestial et méchant. En 87, juste avant de tirer sa révérence, Buick va mettre un dernier coup de clé au V6… la Grand National gagne 10 ch pendant qu’en parallèle, une version plus bestiale apparait au catalogue, devenant alors GNX (Grand National eXperimental) avec 275 ch et 488 Nm… mais en interne, on clamait qu’il sortait 300 ch pour 569 Nm ! Au niveau du look, le noir était toujours de mise pendant que les jantes passaient en 16″. Dans l’habitacle, on retrouvait une plaque numérotée et des jauges analogiques.

Chrono en main, la GNX ne faisait pas semblant… 0 à 100 en 5,1 secondes et le 400 m en 13,3 secondes, de quoi rester devant une Porsche 930 Turbo !  A sa façon, Buick venait de renouveler le concept du Muscle Car et de lancer une des sportives ricaines des 80’s les plus désirables et recherchées…

Celle qui vous a fracassé la rétine depuis le début de cet article est une Grand National de 87, l’une des dernière avant qu’elle ne devienne GNX. La caisse a entièrement été restaurée en 2019. En y étant, son proprio en a profité pour… l’optimiser !

Le V6 est neuf… un 3.8 l turbo acheté chez Buick, mais dopé par un escargot Limit Engineering TA-49 avec wastegate réglable, une injection de méthanol AlkyControl, une culasse préparée, une admission K&N et une ligne full inox libérée. La boitoto David Husek est renforcée et tire plus court pour envoyer les watts à un pont court Moser. Elle reçoit son propre radiateur d’huile. La puissance ? On en sait rien… mais le bestiaux a de quoi faire fondre le bitume.

Pour essayer d’y rester, le châssis a lui aussi été revu. Les triangles UMI Performance sont réglables, maintenus par des coilovers Aldan American Phantom. Tout est renforcé par des structures tubulaires BavWerkshop avant que l’équipe de Neverlift Engineering se charge de régler tout ça aux p’tits oignons. Le freinage est confié à Wilwood et aux quatre coins, on retrouve un jeu de G-Bodyparts reprenant le look de celles de la GNX, sauf qu’elles s’affichent en 8,5 x 18″ et 9,5 x 19″ avant de chausser des Mickey Thompson Street Comp en 245/40 à l’avant et des Nitto NT05 en 265/35 à l’arrière.

Dans l’habitacle, si ce n’est l’ambiance d’origine, on retrouve simplement un volant spécifique G-Bodyparts, une instrumentation AVC et une sono à vous faire saigner les tympans.

C’te Buick Grand National, c’est le grand méchant look… un truc totalement décalé par rapport à c’que pouvait être une sportive américaine. Bon il faut croire qu’elle n’a pas forcément trouvé sa place. Malgré les perfs et son originalité, sa diffusion restera anecdotiques. En dehors des 215 voitures de 1983, moins de 30000 Buick Grand National furent produites (avec 20 193 voiture rien que pour le milésime 87 et ses 245 ch) et seulement 547 GNX. Ce qui reste totalement anecdotique comparé aux chiffres de ses rivales Mustang, Corvette et autre Camaro. Sauf qu’aujourd’hui, celle qui a marqué sa génération, c’est bien elle !

 

© Chrisdileo33 via BaT