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Dans le monde impitoyable des sportives, les poids plumes sont en voie de disparition. Même chez Lotus, le spécialiste, on oublie qu’un jour, un certain Colin Chapman a forgé l’image de la marque sur un « light is right ». Et chez Alfa, on va tenter un come back dans la catégorie en 2013 avec la mignonne mais méchante Alfa 4C. Et quand l’occasion d’y poser mes fesses s’est présentée, je ne l’ai pas laissée passer… d’autant que c’était dans un rare Edizione Speciale, celle de Tristan !

Chez Alfa, les engins petits, légers et nerveux, on connait bien. ‘Fin, on connaissait bien ! Surtout dans les 50’s et 60’s… puis après, la génération fast food a débarqué. Toujours plus gros, toujours plus puissants, mais surtout toujours plus lourds. Non pas qu’ils ne faisaient pas le job, mais ils avaient perdu cette grâce et ce tempérament de ballerine que pouvaient avoir les Giulietta Sprint Speciale ou Zagato Coda Tronca (entre autres). Elles avaient moins de chevaux sous le capot, mais leur poids faisait tout le reste. Avec l’arrivée des 70’s, tout ça commence à disparaitre. Le sport se conjugue surtout avec la puissance, seul moyen de combler la prise de poids.

Puis y’a eu 1996, qui voit débarquer un extra terrestre anglais, la Lotus Elise, avec son châssis en alu, ses suspensions en alu, ses freins en alu et sa caisse… en fibre ! Avec seulement 120 ch, les sportifs sont sceptiques. Sauf que la bestiole affiche 720 kg… et une fois le volant en mains, elle met tout le monde d’accord. Light is right mes frères ! Mais l’anglaise montre surtout qu’à l’approche du 21ème siècle, on peut encore faire des voitures légères mais aussi qu’il reste encore des purs et durs qui sont prêts à sacrifier la modernité pour ne garder que l’essentiel, le plaisir qu’on prend à s’amuser sur petites routes ou circuits, en se trimbalant dans une sportive radicale, accessible et envoutante.

La voie va ainsi être réouverte à des engins d’égoïstes… Opel Speedster, Renault Spider, Porsche Boxster puis Cayman. Deux places, propu et bloc central arrière. Tout pour le fun et le plaisir. A ce moment là chez Alfa, on dégaine la… 8C Competizione. Un peu comme pour se faire pardonner de l’arrêt du légendaire V6 Busso au profit de bloc Holden, la marque au Biscione propose une élégante machine développée conjointement sur les bases de la Maserati GranTursimo et motorisée par une évolution du V8 de cette dernière, passé en 4,7 l (avant qu’il ne rejoigne le capot de sa cousine au trident). De 2007 à 2010, 1000 voitures vont voir le jour, 500 Competizione et 500 Spider… qui redonnent à Alfa une image dynamique.

Il faut en profiter. D’autant plus qu’avec l’arrêt de la Quattroporte V, une ligne de production est vide et prête à recevoir un engin de petite production. Du coup, lors de l’édition 2011 du salon de Genève, Alfa présente un concept qui se veut inspiré par la 33 Stradale de 67, pas par son style, mais plutôt par l’esprit, une voiture compacte, légère et avec un bloc central arrière. Le dessin est signé par le centre de style d’Alfa Romeo. Il respire l’Italie, tout en courbes et en muscles, sans fioriture. Une sorte de supercar en modèle réduit. Moins de 4m pour 1m90 de large, sur 1m20 de haut. Une Clio 2 aussi large qu’un Q7… on appelle ça « trapu » !

La 4C se compose d’une cellule centrale en carbone avec deux demi-châssis en alu à l’avant et à l’arrière équipés des trains roulants à double triangulation fixés à la coque, maintenus pas des combinés avec tirants tubulaires et barres antiroulis. Le freinage, non assisté, est signé Brembo et s’appuie sur des étriers 4 pistons. L’ensemble repose sur des jantes en 17″ chaussées en 205/45 devant et 18″ avec du 235/40 derrière. Pour la carrosserie, Alfa a misé sur du SMC (Sheet Moulding Compound) une fibre ultra légère et résistante qui reprend sa forme initiale lors des faibles chocs.

Au milieu, la 4C – comme son nom l’indique –  accueille le 4 cylindres 1750 TBi associé à la boite TCT à double embrayage. Pour l’occasion, il passe en full alu, gagne 22 kg et… 5 ch pour en envoyer 240 ch sur les roues arrière, qui les passent au sol avec l’aide d’un DGL électronique. Ok, il n’a pas la noblesse d’un V6, mais il envoie du bois. Son turbo Borg Warner K04 souffle dès le ralenti. Pas de coup pied au cul, mais une poussée franche et constante du ralenti jusqu’à la zone rouge. Les 895 kg se chargent du reste, notamment d’expédier la petite Alfa de 0 à 100 en 4,5 secondes, de l’envoyer au 400 m en 12,8 et franchir le kilomètre en 23,6 avant de filer à 260 à l’heure. De quoi en tordre des plus viriles !

D’autant plus que le châssis encaisse. La 4C est soudée au bitume. La direction est hyper directe et sans assistance. Le grip est élevé. Mais l’Alfa est une pure sportive, rude, pointue, vive et exigeante. Moins facile qu’une Elise, elle ne s’embarrasse pas d’un quelconque compromis et a la fâcheuse tendance de lire la route, obligeant le pilote de veiller constamment. Pour aller vite, il faut tenir le train avant. Le grip est phénoménale, on sent la vivacité de la direction et des réactions. Mais lorsqu’elle décroche, elle n’averti pas et s’avère violente dans ses réactions. Mais pour en arriver là, la plupart des pilotes atteindront leurs limites avant d’aller tutoyer celles de la voiture. En fait, elle est moins facile que l’Elise. Avec l’italienne, il faut prendre le temps de faire connaissance, de tester ses réactions, d’assimiler le mode d’emploi. Respectez là et petit à petit elle se dévoilera… Et pour les moins téméraires, l’électronique veille avec quatre modes, Normal, All Weather, Dynamic et Race. Sachant qu’avec le dernier, les seules aides resteront votre talent et vos réflexes.

Notre jouet quotidien est une rare Speciale Edizione. Produite d’abord à 67 exemplaires (en hommage à la 33 Stradale de 67) puis 33 supplémentaires un peu plus tard (pour l’Alfa 33 ?!) elle recevait une cure de carbone. spoiler arrière, coques de rétroviseurs, entourage des ouïes d’aération intérieure, inserts de tunnel central et de planche de bord ou encore l’habillage du bloc instrumentation. Les phares reprenaient les bi-xénon du Spider, le châssis passait en mode Pack Racing avec les suspensions sport, les jantes gagnaient une taille en 18″ et 19″, un volant spécifique, une sellerie cuir qui s’étend des baquets au tableau de bord et une ligne titane Akrapovic avec double sortie centrale en carbone et système dual mode qui permet d’activer un clapet afin de libérer les décibels.

Une bestiole idéale pour aller se défouler sur les petites routes sinueuses ou sur circuit. Comme sur les routes du Ventoux ou le circuit de Ledenon où vous risquez de croiser cette Alfa 4C Speciale Edizione…

© DLEDMV