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Dans les années 50, Alfa Romeo c’est la marque sportive européenne par excellence. La marque italienne s’est forgée un sacré palmarès dans les 30’s et a permis à Giuseppe Farina puis à Juan Manuel Fangio de décrocher le titre en F1 en 1950 et 1951. Sur la route, la Giulietta Sprint séduit les sportifs, pendant que les plus exigeants se tournent vers la Sprint Speciale… Père Motor, t’es dans l’coin ?!

Au début des années 30, la grande dépression va venir calmer les ardeurs et mettre un terme aux années folles. La 2nde guerre mondiale passe la deuxième couche. Au sortir du conflit, les voitures se popularisent, l’offre se généralise et les constructeurs qui misaient exclusivement sur le luxe et le sport doivent se diversifier en vendant des voitures accessibles s’ils veulent survivre. Ca va être le cas chez Alfa Romeo.

Le marché se scinde en deux… les grosses GT et berlines premium dégoulinantes de luxe d’un côté et les petites populaires de l’autres. Chez les premiers, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Alors chez Alfa, on va prendre un virage stratégique en cherchant à développer une petite voiture accessible, sans pour autant sacrifier l’ADN sportif de la marque. En 52, les ingénieurs vont plancher sur un projet qui donnera naissance à la Giulietta, une berline 4 portes de seulement 870 kg et remuée par un petit 4 cylindres 1.3 l double arbres de 54 ch. Alfa vient d’inventer le concept de la berline sportive accessible et le fait savoir en utilisant le slogan « The family car that wins races ».

Lors de sa présentation au salon de Turin 54, la berline est accompagnée d’un élégant coupé 2+2, la Giulietta Sprint, assemblée chez Bertone. Son succès surprend l’état major d’Alfa qui ne comptait en produire qu’une série limitée d’une centaine d’exemplaires. Finalement la Giulietta Sprint se retrouve englobée dans la gamme et va même connaitre plusieurs versions au fil des millésimes et d’une carrière qui filera jusqu’en 1965 et verra quasiment 36000 coupés produits, toutes versions confondues.

Car la Giulietta Sprint, va devenir une gamme dans la gamme… Le Spider débarque en 55, suivie de la Veloce (80 ch) en 56… et en 57 c’est la Speciale, celle qui nous intéresse aujourd’hui, qui va pointer le bout de son Biscione.

La Giulietta Sprint Veloce est légère, vive, agile, sportive, mais ses 80 ch, bien que vigoureux, ne font pas de miracle, pas forcément aidés par un aérodynamisme digne d’un bloc de Mozzarella (hein ? Il est où Mozart ?!). Les sportifs sont déçus… sauf qu’une Alfa qui déçoit les sportifs, c’est du jamais vu. Du coup chez Alfa, on va demander à Bertone d’étudier une version plus puissante et plus fluide. Et ça tombe bien puisque la carrosserie italienne a présenté en 53, 54 et 55, trois protos au design aussi délirant que futuriste, les BAT 5, BAT 7 et BAT 9… dessinées par Franco Scaglione. C’est justement à lui que Bertone va confier l’étude d’Alfa. Et pour ce faire, le designer va s’inspirer de « sa » BAT 9.

Un premier prototype  de la Gulietta SS (Sprint Speciale) s’affiche sous les projecteurs du salon de Turin en 1957. Quelques mois plus tard au salon de Genève, son style a légèrement évolué. En novembre 58, c’est la version définitive qui est dévoilée à Turin. Le style est pur, un cockpit au centre et des courbes de chaque côtés. L’inscription des ailes est proéminente, plongeant d’un côté vers la calandre et de l’autre sur un postérieur de type coda tronca. Magnifique ! D’autant plus que la voiture affiche un gabarit aussi compact que ce que le dessin est fluide.

Sous le capot, on retrouve le 1290 cm3 tout alu. Double arbres, 8 soupapes donc celles d’échappement au sodium, poussoirs hydrauliques, chambres hémisphériques, distribution par double chaine, vilebrequin à 5 paliers… tout est réuni pour aller chercher les tours et être préparé tout en encaissant. Gavé par deux Weber 40, il envoie 100 ch aux roues arrière via une boite courte à 5 rapports synchronisés… Avec seulement 860 kg sur la balance, la belle file à 185 km/h après avoir passé la barre des 100 km/h en 13 secondes et celle du kilomètre en 33.

Bon ok, y’a pas de quoi s’la péter… sauf qu’en 58, ça faisait bien moins rigoler. Puis encore une fois, les chiffres c’est fait pour flatter ceux qui ne savent pas tourner un volant. Car la Sprint Speciale est aussi vive qu’agile. Empattement court, train avant incisif à roues indépendantes maintenues par une double triangulation avec ressorts et barres stab’. L’essieu arrière reste rigide… mais il est accompagné de ressorts hélicoïdaux avec barres longitudinales et triangle central. Niveau freinage, on retrouve 4 tambours en alu refroidis par des ailettes, avec trois mâchoires à l’avant. C’est vulgaire, mais ça fait le taff et c’est endurant ! Au lieu d’aller vite en ligne droite, ça passe fort dans les virages… et chrono en main, les pilote sont conquis, tout comme les amateurs de sportives pour les balades dominicales.

En 62, si la Giulietta laisse sa place à la Giulia, la Sprint ne va pas pour autant lâcher l’affaire… Zagato va même en faire une SZ Coda Tronca. Quant à la Sprint Speciale, elle est revue. Si l’esthétique ne change pas, elle est rebaptisée Giulia SS, reçoit de nouveaux clignotants, des freins à disques, mais surtout, le nouveau 4 cylindres 1.6 l de 112 ch. Moins pointu et plus coupleux que le 1290, il permet au petit coupé italien de gratter quelques précieuses secondes chrono en main, avant de l’envoyer à 200 km/h. En 1966, après 1366 Giulietta SS et 1400 Giulia SS, le coupé finit par tirer sa révérence pour prendre une retraite bien méritée… et dire qu’il devait être une simple série limitée à une centaine d’exemplaires !

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