Il n’y a pas de perf sans aéro… entre le Cx, le SCx, trouver de l’appui sans pour autant pénaliser la trainée, tout en prenant en compte que tout cela va dépendre aussi de la masse volumique de l’air… Ah y’a de quoi se choper une migraine royale ! Alors chez Alfa Romeo, plutôt que de s’emmerder avec des équations, on a préféré demander à Bertone de faire des dessins qui ont donné naissance aux concepts BAT…

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Les ingénieurs ont rapidement compris que pour développer une voiture, il fallait songer à son coefficient de pénétration dans l’air. Dès 1914, Peugeot a passé une de ses voitures dans la soufflerie de Gustave Eiffel. Surement un coup de comm’ plus qu’autre chose puisque la vraie première voiture qui affichera une style descendant directement des études en soufflerie, ce sera la Chrysler Airflow en 1934. Rapidement suivie par la Cord 810, la Lincoln Zephir et même l’original projet du fils Heinz, la Phantom Corsair

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Loin d’être des réussites commerciales, elles révolutionnent le milieu de l’auto… l’aéro fait désormais partie du game et ne va cesser d’évoluer, ouvrant alors un éternel combat sans merci que vont se livrer les ingénieurs et les designers. Les premiers obnubilés par l’efficacité alors que les seconds ne voient que par le style. Car ce qui est beau, n’est pas forcément utile et efficace… et vice versa.

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Bien entendu l’Europe ne sera pas en reste… mis à part que pendant que les américains s’amusaient à diversifier les concepts originaux, les européens se foutaient sur la gueule à cause d’un petit moustachu énervé qui voulait faire fureur ! En 45, lui et ses potes l’auront dans l’cul et le temps de nettoyer un peu le bordel, les choses pourront alors rentrer dans l’ordre au début des 50’s. Le marché reprend, laissant libre jeu aux designers européens en général, et aux italiens en particulier. Ma ! L’Italie c’est quand même le berceau de la mode et du style… il n’y a donc pas de raison que ce ne soit pas de même quand on parle de design auto. Bertone, Zagato, Ghia, Pininfarina… avant la guerre, tous se chargeaient d’imaginer des carrosseries pour habiller des châssis. Ils vont donc rependre leur activité en y rajoutant maintenant de l’aérodynamisme. Et les constructeurs vont s’arracher leurs dessins… Alfa Romeo en tête !


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En 1952, histoire de montrer que l’Europe n’est pas en reste, la marque au Biscione va prendre contact avec Nuccio Bertone pour lui passer une commande un peu spéciale. Le carrossier a carte blanche pour imaginer trois concept-cars afin de permettre d’étudier et d’optimiser le fameux coefficient de pénétration dans l’air avec pour objectif de passer sous les 0,25, un coeff’ considéré à l’époque, comme le seuil d’une aéro exceptionnelle. Pour info, l’Audi 100 C3 dévoilée en 82 affichait le meilleur Cx de la production mondiale avec 0,30. En 90, la Calibra révolutionnait le design avec son Cx de 0,26. Enfin en 2009 la Classe E W212 abaissait la référence à 0,24… c’est toujours utile de se remettre dans le contexte en ayant des comparaisons utiles !

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Bref ! Chez Bertone, c’est la fête du slip ! Et c’est Franco Scaglione qui va se charger d’habiller les trois Alfa 1900 C SS, des berlines aussi baroques qu’impersonnelles, qui vont servir de bases. Partant de là, trois concepts baptisés BAT (Berlinetta Aerodinamica Tecnica) vont être présentés.

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Le premier, la BAT 5 débarque au salon de l’automobile de Turin en avril 53. Le style est aussi aéro que futuriste, largement inspiré de l’aviation, il reprend les codes déjà utilisés par Scaglione pour le concept Abarth 1500 Biposto présenté l’année précédente. Mis à part qu’il pousse son étude encore plus loin. Roues carénées, longs porte-à-faux profilés avec phares pop-up, cockpit en goutte d’eau et chaque aile arrière se prolonge sur un aileron concave qui donne à la voiture une allure de chauve-souris sur le point de s’envoler ! La robe grise amplifie cette image, même si les quelques détails peints en rouge vif viennent trancher le style. L’habitacle biplace n’est pas oublié. Bien que plus commun, il affiche un luxe omniprésent, avec cuir, chrome et bois. En tout cas, en 1953, on avait jamais vu ça ! Et au delà du look, la voiture est efficace et affiche des perfs surprenantes. Avec 100 ch pour 1100 kg, son Cx de 0,23 lui permet de dépasser la barre symbolique des 200 km/h… soit plus de 30 km/h au delà de ce que peut faire sa génitrice, la 1900 C SS.

En 1954, Bertone dévoile au salon de Turin, la 2ème partie… la BAT 7. Beaucoup la voient comme une évolution stylistique de la BAT5… pourtant, le concept de Scaglione a été modifié bien plus en profondeur qu’il n’y parait. En effet, en parallèle, chez Alfa, on s’affaire à finir le développement de la future Giulietta mais aussi sur un autre concept, le coupé 2000 Sportiva, lui aussi dessiné par Scaglione ! Et justement, sur la BAT 7, en plus de peaufiner et d’amplifier les courbes, le vitrage et les ailes, le châssis va être revu afin de rabaisser la voiture et d’en faire chuter le Cx à 0,19. L’habitacle reprend les codes de la BAT 5, si ce n’est que le poste de pilotage est passé à droite. Une fois encore le public est scotché par l’engin habillé de bleu et totalement en dehors du temps !

Comme vous l’imaginez, en 55, toujours à Turin, on prend presque la même et on recommence. C’est au tour de la BAT 9 de faire son apparition. Cette fois ci, Scaglione a cherché à civiliser les deux concepts précédents. Ainsi, la BAT 9 est celle qui s’approche le plus d’une sportive prête à rentrer en production. On reconnait le style même s’il a été assagi. Le scudetto a fait son apparition et les phares sont maintenant à la pointe des ailes, sous un globe en plexi. La lunette arrière est toujours en split window alors que les ailes sont devenues plus soft… mais toujours aussi utiles et efficaces puisque son coeff’ n’a pas bougé pour rester à 0,19. Dans l’habitacle, le tableau de bord reçoit les instruments de la 1900 C SS, sans pour autant faire l’impasse sur le cuir, le chrome ou le bois. A la voir, on peut se dire que Bertone a probablement cru à la série limitée. Mais il n’en sera rien… concept tu es, concept tu resteras… au grand désarroi des alfistes qui eux aussi, s’y voyaient déjà !

Comme prévu, les BAT ne dépasseront jamais le stade du concept car… après avoir été séparées, rachetées, homologuées (la BAT 5 a servi de daily à un homme d’affaire américain) et restaurées avant d’être à nouveau réunies. Aujourd’hui, les trois ont été à nouveau réunies et appartiennent au même propriétaire. Quant à Bertone, en 2008, un riche collectionneur a passé commande d’une BAT 11… mais ceci est une autre histoire.

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© Tom Shaxson pour Phillips & Classic Driver