Les années 2000… Ah c’était quelque chose ! Entrer dans un nouveau millénaire avec la crainte se prendre une station spatiale sur la tronche et voir tous les cadrans numériques se réveiller pour nous tuer pendant notre sommeil… Enfin, rien de tout ça n’arriva, si ce n’est que niveau bagnole (Oui, parce que finalement, c’est c’qui nous intéresse !) le nouveau millénaire devait être marqué par l’arrivée de l’Edonis…

Edonis V12 Biturbo... Welcome dans le nouveau millénaire ! 1

Une supercar bien trop vite oubliée. Mais impossible de parler de l’Edonis sans aborder d’abord la Bugatti EB110 qui a fait son apparition officielle sous la grande arche de la Défense à Paris, le 15 septembre 1991. Une date choisie avec précaution puisqu’il aurait s’agit du 110ème anniversaire d’Ettore, d’où le nom EB110. Mais la naissance de la supercar s’est faite dans la douleur et les complications…


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Ce qui a tué l’EB110, c’est sûrement l’ambition de Romano Artioli… Il a vous le meilleur de la technologie, et pour cela, il s’est entouré des meilleurs ingénieurs et metteurs au point. Et pour les rassembler, il s’est payé une usine ultra moderne qu’il a fait bâtir du côté de Modène, le berceau des supercars. Les conflits d’égo ont fait que le développement de la voiture aura été plus long, plus compliqué et plus cher que prévu. Mais le résultat est là, et semble effacer toutes les difficultés rencontrées… en apparence, car le mal est fait et malgré l’aura de la voiture, ses performances et sa technologie, le gouffre financier finit par décourager Romano Artioli qui était à la base de la renaissance de la marque… En 95, lassé par les conflits, le riche homme d’affaire italien claque la porte et part du côté de chez Lotus, laissant derrière lui une usine, 139 exemplaires assemblés et même 60 voitures commandées qui devaient partir vers les USA, mais qui ne verront jamais le jour. Bugatti est mis en faillite…

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Jean Mac Borel (A l’origine du projet Bugatti avec Artioli) a alors l’idée de reprendre le projet. Mais comme le nom  de Bugatti a été racheté par VW, il décide de revoir la copie. Accompagné de Nicola Materazzi (Directeur technique de l’EB110), ils fondent B Engineering, rachètent une partie de l’usine et embauchent 22 des anciens salariés de Bugatti. Nous sommes en 99…

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Borel va alors décider d’imaginer la sportive du nouveau millénaire qui pointe à l’horizon. Le châssis et le V12 seront donc ceux de l’EB110, mais ils seront entièrement revus tout comme le reste de la voiture. Mais pour cela, il lui faut un nom, Edonis, inspiré du grec hedoné qui signifie plaisir.

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Le projet est dévoilé le 1er janvier 2000 à minuit ! Et la première voiture est présentée 1 an plus tard, jour pour jour. Le châssis est donc celui de la Bugatti EB110, sauf qu’il perd sa transmission intégrale pour la propu’. Il est revu, modifié et avec des réglages spécifiques, mis au point par le célèbre metteur au point Jean Philippe Vittecoq. Entièrement en carbone, il est réalisé par l’aérospatiale à Bordeaux avant d’être habillé d’une carrosserie en alu façonnée à la main par un ancien de chez Scaglietti.

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Alors que l’EB110 bénéficiait d’un dessin signé Marcello Gandini aux lignes ensuite modifiées par Giampaolo Bendini, l’Edonis est tracée par le designer français Marc Deschamps, qui a travaillé entre autres chez Bertone. Ses seules contraintes ont été de composer avec les dimensions du châssis tout en privilégiant l’efficacité aérodynamique. Le style est particulier, agressif et blindé de caractère. Et ce côté atypique se poursuit jusque dans l’habitacle qui se passe de gadgets pour que le pilote puisse rester concentré sur son volant et ses pédales.

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Et il vaut mieux, car le gars, il a du taff. Il doit composer avec les charges du V12, celui de l’EB110 mais revu par les ingénieurs maison qui vont le faire passer à 3764 cm3 pour 700 ch à 7600 trs. Au passage, il a perdu ses quatre turbos au profit d’un duo, plus simple à mettre en place, plus fiable et qui charge plus fort, mais plus bas dans les tours. Du coup, le gazier offre 80,2 mkg de couple à 3100 trs… Il embarque une culasse 60 soupapes, une boite 6 manuelle accompagnée d’un différentiel. Aucune aide électronique vient veiller aux excès d’optimisme, si ce n’est la direction assistée et l’ABS. Pour le reste, c’est big balls et réflexes affutés. Mais malgré son niveau de puissance et le couple copieux, la voiture sait encaisser sans se déhancher au premier soudage. Le grip est là et les boudins arrière en 335/30 ZR 19 passent les watts en restant scotchés au bitume.

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Avec 1300 kg sur la balance, l’Edonis est la ballerine de la catégorie (Avec la McLaren F1). Les charges du V12 la transforment en missile sol-sol soudé au bitume. 0 à 100 en 3,2 secondes, le kilomètre d.a est shooté en 18,9 secondes avant que l’Edonis file coller l’aiguille à 360 km/h. Elle est devant ses principales rivales, CLK GTR, McLaren F1 ou Porsche 911 GT1…!

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21ème siècle… 21 exemplaires. Enfin, ça c’était la théorie. Lors de sa présentation, la voiture va réaliser le tour des salons internationaux, exposée sur le stand de Michelin. Pourtant, affiché à un prix de 760.000 €, B Engineering n’enregistrera que 2 commandes… rapidement mise en difficulté, la société préfère cesser le projet après 3 voitures assemblées, loin des objectifs fixés.

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B Engineering n’a pas pour autant disparu… et depuis quelques mois, l’Edonis fait reparler d’elle. En association avec Casil Motors, ils proposent de faire renaitre l’Edonis afin de reprendre la production inachevée, sous le nom d’Edonis SSP-110 Fenice. C’est tendance ! La caisse est assemblée comme à l’époque, les châssis et moteurs inutilisés ayant été conservés. Casil prévoit de produire 15 modèles tous assemblés chez B Engineering en Italie. Vendue à 690.000 €, le client peut également cocher l’option Rinascita Aero Package pour faire ajouter des éléments aéro en carbone avec nouveau boucliers, diffuseur, ailes avant plus aérées, phares à LED et des jantes en carbone. Ils mettent en avant une conception et un caractère qui offrent une expérience de conduite pure, sans aucune aide pour un feeling aujourd’hui disparu.

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Je ne pourrais pas terminer cette histoire de Père Motor sans vous dire qu’en fait, l’Edonis, je l’ai croisée… C’était en septembre 2001, lors du phénoménal Supercar Rally qu’organisait Stéphane Ratel. A côté de monstres comme la Porsche 911 GT1, la Dauer EB110, la Zonda C12 S (Pilotée par Horacio Pagani en personne), la F50 GT (Celle de Ratel) ou même l’Ital Design Nazca C2, on trouvait l’Edonis confiée à l’équipage Jean Philippe Vittecoq et Alain Bernardet, alors rédac’ chef de Sport Auto. 

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