Cette Renault 4CV, c’est comme du Walt Disney… tout a été inventé de toute pièce. Et ne cherchez pas de hasard, c’était l’objectif de Christophe, qui ne souhaitait pas tomber dans le copier – coller lorsqu’il a lancé le projet de restauration de cette sortie de grange. Donc installez vous confortablement. Vous êtes prêts ? Il était une fois…

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Notre histoire commence en 1950… ouais je sais, ça date pas d’hier. Cette année là, le gouvernement mexicain décide d’organiser une course auto sur plus de 3000 km, afin de promouvoir une nouvelle route qui traverse le pays du sud au nord. La Carrera Panamericana voit le jour, et je vous ai déjà raconté son histoire. Son succès va être fulgurant, les constructeurs voyant alors l’occasion de se payer un bon coup de pub sur un continent où le potentiel commercial est plus qu’évident. Dès la première édition, c’est Alfa Romeo qui va servir d’ouvreur en envoyant deux 6C 2500 confiées à Piero Taruffi et Felice Bonetto qui vont terminer respectivement 4ème et 6ème. L’année suivante, c’est Ferrari qui ne va pas hésiter à faire traverser l’Atlantique à deux 212 Inter Vignale pour y aller s’offrir un doublé, avec Taruffi et Ascari, face aux gros V8 américains, mais aussi à quelques autres pilotes et teams européens. A l’époque, quand Ferrari va quelque part, les autres marques suivent… En 52, Mercedes, Jaguar, Porsche, Gordini, Lancia débarquent aux côtés d’une armada de Cadillac, Lincoln, Ford, Oldsmobile, Hudson, Packard… la machine est lancée et c’est la guerre des pistons au Mexique. En 53, 300 voitures prendront le départ… l’année suivante, elles seront plus de 340.

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D’ailleurs, pour l’anecdote et bien entendu, shooter votre beauf dimanche midi, c’est la Carrera Panamericana qui va donner naissance au sponsoring dans le sport auto. En effet, pour aider à financer ce long voyage et les 5 jours que dure la course, on va voir apparaitre sur les carrosseries des voitures, les autocollants des différents partenaires et sponsors. Tu vois qu’t’as bien fait de venir !


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En juin 55, c’est le drame, le monde en général – et celui de la course en particulier – est choqué devant les images de l’accident fatal dont va être victime Pierre Levegh au volant de sa Mercedes 300 SLR, emportant avec lui 81 personnes. Les organisateurs de la Carrera Panamericana se sentent concernés. Ils ont conscience que leur course est devenue une démonstration délirante de missiles lancés à plus de 300 sur des lignes droites laissées en route ouverte ! Qui plus est, les pilotes le faisaient en chemisette, lunettes et sans ceinture… si ce n’est celle qui tenait leur pantalon ! Le gouvernement mexicain prend alors la décision d’annuler l’édition de 1955 mais aussi celles qui suivront… la Carrera Panamericana, c’est fini (si ce n’est son retour en 88… ceci est une autre histoire)… mais c’est là que celle de notre Renault 4CV commence…


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En 55, elle sort d’usine, une 4CV Sport type R1062, vêtue en blanc Méjane, prête pour devenir le déplaçoir du responsable de la concession Renault de Monaco. Elle changera de main avant que Christophe ne la rachète, en cours de remise en état… avec le moteur et la boite d’origine posés sur une palette, et un autre ensemble mécanique sous le capot. Le proprio lui explique qu’il a fait quelques modifs, sans plus de détails, si ce n’est que le nouveau moteur et la boite viennent d’une Dauphine. Christophe ne cherche pas à savoir. Y’a du taff, faut finir la voiture avant de la remettre en route, mais elle lui plait. Le temps de la charger sur le plateau et l’affaire est bouclée. Ah oui, Christophe, il aime les populaires, Dauphine, 403, 204, Juvaquatre, Fiat 500, Cox… à tel point qu’il y a quelques années, il a décidé de changer de vie, sortir d’un bureau climatisé pour se mettre à la recherche de ces voitures oubliées du passé, dans le but de leur redonner une nouvelle vie. Mais Christophe, il n’aime pas quand ça brille trop. Quand vous le menez sur un salon, en amoureux de belles mécaniques, il jettera un oeil à ces restaurations aujourd’hui plus belles que lorsqu’elles étaient neuves. Mais ce qui le fait vibrer, c’est l’histoire, la patine d’un cuir, une bakélite ternie, l’émaillage d’une peinture, le craquant d’un vernis. Pourquoi chercher à cacher le passé et le vécu ? Et cette règle, il se l’impose dans ses projets. Ainsi, il démonte, il nettoie, il adapte, mais il conserve autant que faire ce peut la personnalité. Une sorte de prototype hybride entre le puriste et le fan de modif…

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Christophe, il aime aussi modifier… on est pas dans le milieu de la Ferrari 250 GT ou de la Jaguar XK120. Une 4CV si t’y donnes un peu de personnalité, un peu de cachet, ça ne va tuer personne. Puis merde, c’est sa bagnole, c’est lui qui fait le taff, c’est son pognon… alors il fait c’qu’il veut (et connaissant bien le lascar, il a bien raison !). C’est sa thérapie… C’est comme ça qu’il a entrepris le chantier sur sa Renault 4CV Sport, qui, comble du coup d’bol, et après quelques recherches, s’avérait en fait être équipée d’un 845 cm3 Ventoux et de la boite 4, les deux venus tout droit d’une Dauphine Gordini.

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Le petit 4 cylindres 845 “Billancourt” était revu par le sorcier Amédé Gordini qui y greffait de nouveaux pistons pour augmenter le taux de compression, une culasse préparée avec un arbre à cames plus pointu et des ressorts de soupapes plus raides, avant d’être gavé au double corps Solex pour développer 49 valeureux canassons…

Une découverte qui va donner à Christophe l’idée d’offrir à sa puce un style différent. Souvent, ceux qui veulent donner un look vintage à leur 4CV, ils s’inspirent forcément de son passé historique et sportif… 24h du Mans, course de côte du mont Ventoux, Monte Carlo, Liège – Rome – Liège, Mille Miglia, Tour de France, coupe des Alpes… Mais une fois encore, Christophe il aime aussi rêver et essayer de ne pas tomber dans le copier – coller. Il va passer quelques nuits sur le “oueb” à chercher l’inspiration, jusqu’au moment où il va tomber sur une Ondine, habillée pour ce qui a l’air d’être une édition récente de la Carrera Panamericana. En tout cas, on est en Amérique du sud. Il n’en faut pas plus pour que les pièces du puzzle se mettent en place. Sa voiture est de 55… l’année de l’accident de Pierre Levegh et de l’annulation de la Carrera Panamericana. A l’époque, Renault commençait doucement à lorgner sur le marché sud américain… et si l’édition 55 avait finalement eu lieu ? Et si Renault, sur un coup de folie y avait engagé sa 4CV… Quoi ? Elle a bien participé aux Mille Miglia !

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Ben finalement, le résultat vous l’avez devant les yeux… le châssis a été entièrement checké. Tout ce qui a nécessité d’être remplacé l’a été. La peinture et les chromes sont d’origine, simplement nettoyés et briqués pendant des heures. Pour le reste, les pare-chocs ont été virés et les capots sont maintenus par des lanières de cuir. Celui de l’avant a été retravaillé pour recevoir la roue de secours pendant que son homologue arrière a lui aussi été taillé pour laisser passer le filtre à air du Ventoux. Un coup de bordeaux sur les jantes, les enjoliveurs chromés et un lot  de stickers pour renvoyer la petite énervée en 1955 du côté de Ciudad Juárez.

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Et ça continue dans l’habitacle. Entièrement vidé, on tombe rapidement sous le charme des baquets racing vintage tendus de vinyle rouge carmin… juste magnifiques Christophe ne pouvait pas trouver mieux. Jamais en manque d’idée, il vire les vitres latérales arrière pour les remplacer par des filets. Et autre délire tout aussi génial, les intérieurs de portes habillés, de quoi recycler des sacs à café en toile de jute, à la sauce El Gringo ! Enfin ajoutez les jerricanes d’eau et d’essence ainsi qu’une deuxième roue de secours à la place de la banquette arrière. Aucune faute de gout au tableau !

Pour ne rien vous cacher, j’ai suivi dès le début la préparation de la voiture. A l’annonce de ses idées, on se disait parfois que Christophe partait loin dans ses délires, doutant même du résultat. Au final, c’te 4CV est juste sublime ! Impossible de ne pas craquer quand on la voit. Tout est cohérent, réalisé avec gout… ni trop, ni pas assez. Ne reste plus qu’à enfiler le casque pour prendre le départ de la course mexicaine. Et ce n’est que le début… la 4CV maintenant terminée, Christophe s’est attaqué à une R10 Major… en mode restomod avec cuir et toit ouvrant en toile. Mais ne vous inquiétez pas, une fois finie, elle aussi viendra poser ses roues sur DLEDMV.

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