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De notre côté de la Manche, ceux qui connaissent Ginetta la voient comme une marque de voitures de sport artisanales, compactes et légères. A la rigueur, ils se rappellent vaguement d’une certaine G4 dans Gran Turismo. Pourtant depuis 1958, Ginetta trace sa route et propose même des sportives comme cette originale et rare G32 qui pose aujourd’hui ses roues sur DLEDMV…

Ginetta, c’est Lotus… enfin non, c’est pas Lotus. Ben oui, sinon elle s’appellerait Lotus et pas Ginetta ! Mais niveau philosophie, c’est quasiment pareil, du light is right. De la caisse légère, agile et énervée, pensée d’abord pour la course avant de débarquer sur la route. Sauf que si Lotus a réussi à s’internationaliser à se développer, Ginetta est resté ce petit constructeur anglais où les voitures sont assemblées au fond d’un hangar sombre, avec du scotch et des rislans ! Ouais bon ok, j’exagère le truc… mais il n’empêche que Ginetta est resté un des derniers constructeurs artisans, de ceux qui vont encore piocher leurs organes dans les catalogues des gros généralistes, en l’occurrence Ford pour le cas des sportives qui sortaient des ateliers de Woodbridge.

Pour ne rien arranger, chez Ginetta on n’a pas réellement cherché à sortir de ses terres natales. Si ce n’est pour les caisses de courses, les sportives routières ne sont jamais allées voir en dehors du territoire britannique… du moins officiellement, allez, peut être quelques excursions du côté de l’Irlande ou de l’Ecosse, ainsi que probablement une poignée d’exportations sauvages réalisées par des amateurs en recherche d’exotisme.

En 1958, les quatre frangins Walklett (Bob, Ivor, Trevers et Douglas) lance la Fairlight… une coque en fibre de verre qui peut se greffer sur un châssis Ford… ils la feront doucement évoluer pour en faire la Ginetta G1. Mais l’histoire commence réellement avec l’arrivée de la G2, un kit car développé à partir d’un châssis poutre et recouvert d’une carrosserie en fibre pouvant recevoir des éléments mécaniques et des 4 cylindres toujours d’origine Ford.

En 62, Ginetta déménage à Witham dans des bâtiments plus grands. Les modèles vont s’enchainer, G3, G4, G4R… on propose même un service « clé en main » où le client peut soit monter sa voiture dans son garage, soit laisser faire les mécaniciens de la marque avant d’en prendre livraison directement à l’usine.

M’enfin, malgré les apparences, une Ginetta ça reste avant tout une voiture de course… que les libertés de la législation anglaise permettent à certains d’homologuer sur la route. Rallye, hillclimb, circuit, GT et même formule monotype servent à promouvoir le savoir faire de l’artisan anglais, devenu expert dans l’élevage de puces énervées qui sautent de virage en virage. En terme de vivacité et de « light is right », les Ginetta n’ont rien à envier aux références de la catégorie.

Au fil des années, c’est une gamme complète qui va défiler. A côté des modèles de course, on voit débarquer des sportives routières, comme les G15, G21, G26, G28 et G30… des coupés ou GT. La recette est toujours la même, un châssis maison, des liaisons et un moteur Ford (4 cylindres mais aussi V6), et une coque en fibre. Les voitures se vendent bien, poussant Ginetta à s’agrandir une nouvelle fois en 72 puis en 74, et une fois encore en 88 pour finir par se retrouver à Scunthorpe.

En 89, en pleine gloire, les frères Walklett décident de vendre Ginetta pour s’offrir une retraite bien méritée. La marque, les ventes et les comptes sont solides. L’ambition des nouveaux propriétaires est simple… vendre encore plus. Pour ce faire, ils limitent la gamme à la G20 et à la G33 avant de tenter sa chance avec une vraie voiture de route, la G32.

Nous y sommes… non pas que les anciennes Ginetta n’étaient pas de vraies voitures mais leur diffusion anecdotique leur a toujours collé l’étiquette de voitures originales, décalées, mais manquant de sérieux. Ginetta n’est pas devenue Lotus… et la marque portait un peu ça comme un fardeau. En tout cas, les nouveaux propriétaires ont réellement envie de changer la donne, et comptent sur la G32 pour montrer que la marque peut rivaliser avec les références.

Le châssis maison est revu, renforcé, galvanisé, équipé de liaisons à roues indépendantes et adapté afin de pouvoir recevoir un gazier en position centrale arrière, un 4 cylindres en 1.6 l de 110 ch ou 1.9 l de 135 ch. La carrosserie, en fibre, reprend les codes stylistiques de l’époque, avec un cul musclé, équipé d’un aileron intégré qui surplombe des feux de Sierra. La G32 est compacte, l’empattement est court, l’avant est tendu, malgré un porte à faux exagérément long qui vient déséquilibrer l’ensemble même si ça reste affuté, avec son regard caché sous des pop-up.

Dans l’habitacle, c’est du Ford dans tous les sens… Fiesta et Escort ont servi de banques d’organes. La première a fourni son tableau de bord, la seconde les sièges et les panneaux de portes. Ok, rien de sexy… du classique, fonctionnel qui fait le taff.

A l’arrivée, la petite Ginetta G32 affiche 807 kg à la pesée pour des perfs qui revendiquent le 0 à 100 en 9 secondes, un 400m en 16,7 et la borne kilométrique en 31,4… avant d’aller bloquer l’aiguille à 190. Bon ok, niveau chrono on repassera… mais le plaisir peut être ailleurs, notamment dans les sensations sur une petite route bien sinueuse. Et là, la Ginetta n’a pas à rougir… sportive, équilibrée, agile et vive, elle sait passer fort sans se montrer dangereuse ou piégeuse… mais une MR2 fait mieux, en y ajoutant le sex appeal et les perfs qu’il manque à l’anglaise. Dont acte !

Que ce soit en 110 ch ou en 135 ch (une version turbo va même être envisagée), les dirigeants vont se rendre compte que leur pari va vite se transformer en vautrage de l’espace. Après 97 coupés et 28 cabriolets produits en quatre ans (89 à 92), Ginetta arrête l’hémorragie et cesse la production de la G32.

La G32 va surtout plomber les comptes de l’entreprise. L’état major aurait mieux fait de proposer de quoi comparer les assurances auto plutôt que d’envoyer Ginetta à la chasse aux Lotus… qui plus est, la santé financière de Lotus n’a jamais été d’une exemplarité sans faille ! En attendant en 2005, Ginetta est rachetée par LNT Automotive, une structure appartenant à l’ancien pilote de course, ingénieur et homme d’affaire, Lawrence Tomlinson.

En 2007 après avoir déménagé du côté de Leeds, il décide de revoir toute la gamme pour la moderniser mais surtout, la simplifier avec pour objectif, 200 voitures par an. Ginetta va fêter ses 50 ans et Lawrence décide d’en profiter pour lancer la G50 qui connaitra un gros succès en GT4… un renouveau qui va signer le retour de la marque en sport auto, mais aussi, son renouveau. Après la F400 en 2010, les G55 et G60 en 2011, Ginetta s’apprête à entrer sur le marché de la supercar avec l’Akula… mais tout ceci est une autre histoire !

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