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Quand t’es concessionnaire et que tu veux prouver que les caisses que tu vends sont de pures sportives, t’en chopes une, t’y colles des watts, un jogging et tu l’envoies sur la piste. En tout cas, c’est c’qu’a fait Neat DeAtley pour montrer que le coupé Mercedes SL R107 n’était pas qu’un déplaçoir aussi confortable que luxueux… une version Trans Am bien énervée.

C’est vrai qu’à la base, la Mercedes SL R107 n’a rien de vraiment sportif. Même si vous prenez celles équipées des gros V8 teutons, elles peuvent éventuellement dézinguer le broshing d’un gigolo ou d’un businessman texan. En gros, la version la plus pêchue tape du 245 ch… ok. Mais son châssis sort d’une usine de chewing gum et ses 1,7 tonnes ne l’aident pas beaucoup. En gros, avec la SL R107, tu peux aller loin et vite… mais pas trop vite. De toute façon, elle n’a pas été faite pour s’aligner dans un time attack… si ce n’est celui pour faire un Paris – St Trop’, calé à 200 sur la file de gauche !

Il n’empêche que Neat DeAtley n’a pas forcément vu les choses de cette façon. Propriétaire de la concession Mercedes de Lewiston dans l’Idaho, il cherche à séduire les amateurs de sport auto et juge que la SL a le potentiel pour aller chasser sur les terres des sportives européennes mais surtout, celles des Muscle cars… D’autant plus qu’au début des 80’s, les américaines ont méchamment perdu de leur superbe, la faute à des normes antipollution qui sont venues castrer leurs V8. L’occasion est trop belle pour récupérer de nouveaux clients…

Mais pour aller les chercher, y’a pas à tortiller. Faut jouer à leur jeu… le Trans Am. Du coup Neat va faire assembler une voiture, et c’est de là que vient toute sa subtilité. A l’époque, les voitures alignées dans la discipline n’ont pas grand chose en commun avec celle qu’on peut croiser sur la route, si ce n’est leur apparence. En effet, le championnat s’appui sur des Silhouettes… en gros, dedans c’est du vrai, mais dehors, c’est du faux.

Un châssis tubulaire à effet de sol, des trains roulants en mode racing, un freinage XXL, le V8 5.0 l du 500 SL revu par Edwin Hatch pour le passer en 4.5 l avant de le gaver par deux quadruples corps Holley (afin de coller au règlement), des BBS magnesium chaussées en Goodyear Eagle et le tout est recouvert par une caisse en fibre renforcée qui reprend le look de l’allemande, si ce n’est qu’au passage, le luxueux coupé a enfilé un jogging composé d’extensions d’ailes, de lèvres inférieures, d’un aileron de type Nascar et d’un capot bossé. Ah c’est clair que si Mercos avait proposé un SL R107 avec c’te gueule, les choses auraient pu être différentes. En tout cas, l’engin fait peur… Dans l’habitacle oubliez toute notion de luxe. C’est brut de décoffrage avec un plancher en tôle d’alu et le strict nécessaire pour aller chasser le chrono.

L’engin va être imaginé, développé et assemblé pour s’aligner au départ de la saison 1982 sous les couleurs de DeAtley Motorsport / Team Michelob, avant d’être confié à Loren St. Lawrence. Avec plus de 450 ch pour moins d’une tonne, la voiture semble prometteuse, mais elle va trouver sur sa route les Firebird, Corvette, Camaro, Trans Am, Monza et autres Mustang, ainsi que quelques Porsche 924 Carrera, 911 SC, 930 et Datsun 280ZX, beaucoup plus affutées et fiables qu’elle.

Sur les 10 courses que compte la saison, la Mercedes va en voir moins de la moitié des drapeaux à damier. Une collection d’abandons, pour une seul coup d’éclat, une 6ème place au général à Road America. Il n’empêche qu’elle reste une des rares voitures engagées à arborer l’étoile. En effet, depuis l’accident de Pierre Levegh au Mans 55, la marque quittera toute compétition auto (en dehors des initiatives privées) avant d’y revenir officiellement dans les années 90.

© Mecum