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Pour qu’une R12 pose ses roues sur DLEDMV, il lui faut un minimum. Un swap, des logos Alpine, un jeu d’airbags dans les ailes, deux pates en l’air, un profil en mode coupé roumain ou alors deux bandes… Oui, ici oubliez la pathétique R12 TL de tonton Roger… à moins que tonton Roger il allait chauffer l’asphalte au volant d’une R12 Gordini… blanche avec des bandes bleues !

Eh ouais, n’en déplaise aux puristes analement frustrés, mais les Gordini, à l’image de la R8 de Gérard dont je vous ai parlé il y a quelques années, n’ont pas toutes été bleues à bandes blanches. En tout cas, le jour où j’ai croisé cette R12, une rare Gordini blanche à bandes bleues, sagement posée dans le show room d’Auto Retro Passion, j’me suis dit qu’il fallait qu’elle passe sur DLEDMV.

Amédée Gordini a vu le jour en 1899 en Italie. Très jeune, il se passionne pour l’automobile, la course auto et la mécanique, à tel point qu’encore adolescent, il se retrouve mécanicien chez Alfieri Maserati. En 1926, il se marie et s’installe à Paris où il va trouver un job au garage Gasparetto avant de rejoindre celui de Cattaneo, un spécialiste Fiat situé à Saint-Cloud. Bref, à moins de 30 ans, il est déjà en place… au delà de la mécanique, il prépare des voitures, les pilote et se fait une certaine réputation sur la région parisienne.

Depuis 1928, Fiat assemble des voitures dans une usine située en région parisienne. En effet, les importations venant de l’Italie mussolinienne sont en proie à de lourdes sanctions douanières. C’est donc le seul moyen qu’a trouvé le constructeur pour pouvoir vendre des voitures en France à des prix cohérents. Et ça marche, à tel point qu’en 1934, l’usine déménage du côté de Nanterre dans des bâtiments plus grands et ces Fiat françaises vont désormais porter leur propre nom pour s’appeler Simca.

Amédée Gordini en profite pour rencontrer Henri Pigozzi, un ami de la famille Agnelli, qui se charge du bon développement de la marque italienne sur le sol français et dirige l’usine de Nanterre. Les deux hommes, se lient d’amitié et rapidement, Gordini se retrouve à la tête du département compétition de Simca. Sa spécialité, aller chercher le meilleur des moteurs sans exploser les budgets. Celui qu’on surnomme Le Sorcier va alors faire courir des Fiat 508S Balilla mais aussi des Simca 5 et Simca 8 aux 24h du Mans de 1935 à 1939 avant que tout ne s’arrête pendant la 2nde guerre mondiale.

Une fois le conflit terminé, Amédée décide d’assembler ses propres voitures à partir d’éléments Simca. En 46, il ouvre son atelier à Paris et en 47 il booste le 4 cylindres 1.0 l de la Simca 8 pour le faire passer à 1220 cm3 puis à 1430 cm3. Il développe un châssis tubulaire et rapidement, les Gordini commencent à remporter des courses et ne souhaite pas s’arrêter là puisqu’à partir de 1950, l’arrivée d’un championnat du monde des constructeurs en F1, lui donne l’envie d’aller voir c’qu’il s’y passe. Il assemble de frêles châssis tubulaires, y greffe son 4 cylindres 1430 cm » dopé par un compresseur Wade qui tourne à 10.000 trs et engage ses Simca Gordini qui jonglent entre la F1 et la F2. En parallèle, il continue à engager des voitures au Mans. Mais voilà, à la fin de la saison 51, Simca rompt le partenariat, justifié par un manque de victoires.

A l’hiver 51, quasiment ruiné et avec un budget plus que limité, Amédée Gordini réussit à développer 6 cylindres de 2.0 l à carter sec qu’il greffe dans un de ses châssis de F2. Avec 155 ch pour 450 kg, la voiture semble prométeuse lors de son premier essai. La première manche du championnat F2 se court en Suisse, et Jean Behra grimpe sur la 3ème marche du podium. En juin, au GP de la Marne (une course hors championnat) le pilote décroche la victoire devant les Ferrari 500 d’usine de Farina et Ascari.

Revigoré, il continue son épopée en F2 et en 54, il développe un 8 cylindres pour retourner en F1. Mais le meilleur résultat d’une Gordini restera une 6ème place en GP. En 56, une rencontre avec Pierre Dreyfus, le patron de Renault, va lui donner une idée de reconversion. L’année suivante, il arête son programme en sport auto pour se tourner vers une association avec le constructeur au losange pour qui il va développer une version dévergondée de la Dauphine. En 58, la Dauphine Gordini remporte le Monte Carlo et le Tour de Corse.

En 64, la Dauphine laisse la place à la R8 Gordini qui va vite devenir la référence pour toute une génération de pilotes tricolores. A tel point qu’elle va avoir droit à sa formule de promotion, la Coupe R8 Gordini. En 69, Renault rachète Gordini et Amédée reste à l’a tête de l’atelier, s’effaçant peu à peu jusqu’en 74 afin de prendre une retraite bien méritée. Il s’éteint le 25 mai 1979, presqu’un an après la victoire de l’Alpine A443 aux 24h du Mans 78, motorisée par un moteur Renault Gordini.

Gordini va ainsi devenir la marque sportive de Renault, de la Dauphine à la R17 en passant par la R8 et la R12. Même la R5 y aura droit. En effet, à partir de 76 si la R5 Alpine est la nouvelle petite sportive de la marque, de l’autre côté de la Manche, elle s’appellera R5 Gordini. Le logo Gordini fera son grand retour en 2010… sauf qu’il n’a plus rien à voir avec la sportivité puisqu’il s’est prostitué pour le marketing en devenant qu’une finition.

Pour en revenir à la R12 Gordini qui vous titille la rétine depuis le début de cet article, elle a vu le jour en aout 72 et du haut de ses presque 50 ans a su rester d’origine (oui, ça nous arrive). Débarrassée de ses pare-chocs, elle gagne en retour des longue-portées et un jeu de baquets Mod’Plastia. Sous le capot, le 4 pattes 1.6 l Cléon de la R16 TS, revu par le sorcier pour sortir 113 ch. Enfin, si vous pensiez que les Gord’ étaient toutes bleues à bandes blanches… le contraire ça lui va bien aussi !

© DLEDMV via TiTi